Alors que le sanctuaire de Lourdes et l’évêque de Tarbes Lourdes Mgr Micas se sont enfin résolus à masquer complètement les mosaïques de Mgr Rupnik, et ce définitivement, en amont de la visite du Pape Léon XIV, mais que d’autres mosaïques du même auteur ont été inaugurées dans un sanctuaire du Brésil, et que le procès canonique traîne en longueur, cinq victimes redisent leur détermination à ce qu’on leur rende justice, dans une lettre ouverte au Pape publiée par la Vie :
« Très Saint-Père,
Nous sommes cinq victimes du père Marko Ivan Rupnik : Gloria Branciani, Mirjam Kovač, Sœur Samuelle, Vida Bernard et Pia ; cette dernière, par crainte fondée de subir des représailles, a choisi d’utiliser un nom d’emprunt.
Nous avons décidé de Vous écrire à l’occasion de Votre voyage en France et, en particulier, de Votre visite à Lourdes, où Vous rencontrerez des victimes d’abus comme nous, dans un lieu où ne seront plus visibles les mosaïques du père Rupnik sur la façade de la basilique, à la suite de la décision de Son Excellence Monseigneur Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, de les recouvrir définitivement. Un geste très fort et courageux que nous avons grandement apprécié, d’autant plus que nous n’avons jamais senti un climat de solidarité à notre égard ; au contraire, nous avons toujours été très combattues et contrecarrées.
Nous ne savons que par la presse qu’un procès a débuté à l’encontre du père Rupnik, car, bien qu’elle ait sollicité à plusieurs reprises et par tous les moyens le dicastère pour la Doctrine de la foi afin d’obtenir un minimum de clarté – dans le respect et l’intérêt de tous – sur la procédure dans laquelle nous sommes impliquées en tant que victimes, notre avocate, Maître Laura Sgrò, n’a jamais reçu de réponse.
Ce silence bruyant et durable est vécu par nous, victimes, comme une violence supplémentaire et continue, qui s’ajoute, avec le poids d’un fardeau écrasant, à la violence que nous avons déjà subie. Une violence sexuelle, physique, psychologique, spirituelle, une violence prolongée dans l’âme, à laquelle s’ajoute désormais cette nouvelle et douloureuse violence du silence et de l’abandon du système judiciaire.
Nous avons été accusées – ou plus exactement diffamées – d’être des prostituées, des menteuses, d’avoir accepté de l’argent pour accuser le père Rupnik, de nous être enrichies grâce à cette horrible affaire. Abusées et dénigrées, nous continuons donc à subir la violence dans un silence de plomb et l’indifférence de ceux qui ont été appelés à décider sur nos vies. Et, malheureusement, cette violence même que nous subissons encore publiquement ne fait que décourager celles et ceux qui, comme nous, ont subi le même traitement et auraient l’intention de porter plainte.
Malgré nous, d’un exemple positif, nous sommes devenues un exemple négatif. Car le message véhiculé sur nos plaintes est le suivant : il est inutile de signaler un abus à l’autorité ecclésiastique, car de toute façon il ne se passe rien, personne ne payera et les victimes n’obtiendront jamais justice. Parce que, Très Saint-Père, nous avons perdu toute trace de justice et parce qu’un procès tenu dans l’oubli le plus total n’offre de garanties à personne, ni à l’accusé ni aux victimes, et s’avère inconciliable avec les concepts mêmes de droit, de vérité, de justice, d’équité et de miséricorde qui Vous tiennent toujours à cœur, Très Saint-Père.
Nous n’entendons pas sombrer dans l’oubli, ni renoncer à la justice, tant que la gravité des faits survenus ne sera pas reconnue et que le responsable ne sera pas puni. Et dans ce parcours tortueux vers la vérité, nous aimerions être considérées comme une ressource, et non comme un obstacle.
Nous nous en remettons à Vous et plaçons notre confiance en Vous, Saint-Père, en tant que souverain Pasteur de l’Église, afin que Vous exerciez Votre pouvoir suprême de jugement et de grâce et que Vous écoutiez notre demande, qui est celle de toute victime d’abus désirant la reconnaissance de la vérité à travers un procès équitable. Nous Vous demandons que soient toujours garantis le principe du contradictoire entre les parties, la clarté, la transparence, la célérité, la neutralité et l’indépendance des juges, afin que le jugement et son issue – quelle qu’elle soit – ne conservent aucune zone d’ombre.
Nous avons besoin de Vérité, Très Saint-Père, et tout comme nous, l’Église en a tant besoin. »
Gloria Branciani, Mirjam Kovač, Sœur Samuelle, Vida Bernard, Pia,
victimes du père Marko Ivan Rupnik
Plus tôt cet été, cinq victimes du mosaïste avaient accusé Rome d’opacité au sujet du procès canonique, après qu’un blog ait affirmé que Rupnik serait acquitté, et que Rome a démenti quelque peu en catastrophe. C’est aussi une question de gros sous : Marko Rupnik a réalisé des oeuvres dans plus de 200 églises dans le monde, dont des sanctuaires, des cathédrales – dont la chapelle de l’Adoration de la cathédrale de Madrid, et jusqu’au Vatican où le pape Léon XIV a abandonné lors de ses exercices spirituels une chapelle décorée de ses mosaïques…

Des mosaïques de Rupnik cachées à Lourdes, inaugurées en grande pompe au Brésil
Pour rappel, Mgr Micas s’est enfin résolu à recouvrir les mosaïques de Rupnik sur la basilique de Lourdes… mais pas à les enlever, alors que cette possibilité technique existe, de façon à faire ressortir les mosaïques pré-existantes. Il a déclaré à la presse : « Car Lourdes c’est l’Immaculée Conception, auprès de qui les personnes ayant subit des violences sexuelles viennent chercher la consolation. »
« Mais en même temps », une nouvelle mosaïque monumentale de Rupnik a été inaugurée début septembre, au sanctuaire Rédemptoriste d’Aparecida au Brésil, où elle était en chantier depuis 2017 : « le samedi 12 septembre, à Aparecida, au Brésil, une grande mosaïque ornant la façade de la plus grande basilique d’Amérique du Sud sera inaugurée solennellement, avec la bénédiction du pape. Elle a été conçue par Marko Rupnik, l’ancien jésuite actuellement jugé devant le Dicastère pour la Doctrine de la Foi pour des accusations d’agressions sexuelles sur une trentaine de femmes. C’est également pourquoi, deux semaines plus tard, à Lourdes, ce même pape visitera le sanctuaire et constatera que les mosaïques de Rupnik sur les façades de la basilique sont désormais recouvertes de façon permanente, précisément en raison de la gravité des crimes reprochés à l’artiste slovène. Dans les deux cas, l’approbation du pape est totale, sans réserve et largement relayée par les médias.
Quinze jours seulement après la visite du pape Léon à la basilique de Lourdes, sur fond de mosaïques recouvertes par l’évêque en signe de compassion de l’Église pour les souffrances des victimes, dans une autre basilique catholique (et non une petite église, mais le plus grand sanctuaire marial d’Amérique du Sud et l’un des lieux de pèlerinage les plus célèbres au monde), un autre évêque bénit des mosaïques identiques, symboles de honte, avec les mêmes yeux noirs sans iris, toutes réalisées par l’ancien jésuite puissant alors en procès.
Tout cela est vrai. À Aparecida, on ne s’en cache pas ; d’ailleurs, on sollicite activement les derniers dons : les personnes qui ont contribué à la réalisation de ce grand projet seront mentionnées dans un livre conservé dans le sanctuaire. Les murs ornés de mosaïques de Rupnik sont décrits sur le site web officiel d’Aparecida, qui présente chaque mosaïque, explique sa signification, sa date de création, les matériaux utilisés et le nombre d’artistes qui l’ont réalisée.
Selon Federica Tourn, les 4000 mètres carrés de mosaïques d’Aparecida ont rapporté près de 14 millions d’euros au centre Aletti, l’atelier du mosaïste Rupnik. Le pape Léon XIV a aussi reçu très cordialement les Rédemptoristes d’Aparecida et l’archevêque, en souhaitant bénir l’oeuvre de Rupnik; elle conclut : « c’est comme entrer dans un roman de Philip K. Dick, où la réalité peut basculer sans que personne n’y trouve à redire. D’un côté, le pape Léon XIII applaudit la damnatio memoriae de Rupnik et de son œuvre, au point d’annoncer une sentence exemplaire lors de son procès. De l’autre, il bénit et encourage un évêque et un diocèse qui, depuis des années, célèbrent non seulement la portée artistique, mais surtout pastorale des mosaïques de Rupnik« .


Mosaïques recouvertes. Mais comment ? Un badigeon de peinture, des panneaux de placoplâtre, … ? Dessous il y a donc des mosaïques préexistantes. D’après mes souvenirs, elles datent de 1900 environ, sont très figuratives et de bonne qualité technique. Il existe donc deux solutions :
– gratter les Rüpnik et revenir aux anciennes mosaïques
– garder les Rüpnik et les rendre anonymes, comme on le faisait au Moyen-Âge. Après tout c’est un travail collectif et je ne vois pas pourquoi les artistes et artisans qui ont oeuvré à leur confection seraient pénalisés par la faute de leur maître d’oeuvre. Cela dit, le même raisonnement est valable pour leurs prédécesseurs de 1900 et je propose qu’on revienne au statu quo ante.