A rebours des collectifs de victimes qui fustigent le refus du Pape – et de la CEF – de les recevoir lors de son voyage apostolique en France, le père Pierre Vignon, personnalité de la lutte contre les abus, se félicite dans Paris Match que le Pape recevra des victimes, et que la lutte contre les abus sexuels du clergé est un sujet qui s’impose à la chrétienté dans son ensemble. Extraits :
« Le lancement courageux de la Ciase par Mgr Éric de Moulins-Beaufort et la Sœur Véronique Margron a permis de mettre ces drames en perspective. On oublie souvent que la fourchette de 220 000 à 330 000 abus commis sur 70 ans s’inscrit dans un ensemble de 5,5 millions de Français aujourd’hui vivants qui ont été abusés durant leur minorité. C’est toute la société qui est affectée par les violences sexuelles infligées aux enfants et aux personnes vulnérables. Et si le problème est tel en France, il concerne le monde entier ; l’Italie, en particulier, ne pourra pas échapper à cette conflagration. […] Avant de partir « missionner », redevenir crédibles s’impose : d’abord le ménage à fond de la maison, avant de songer à y inviter les autres. C’est ce que rappellent les collectifs. À défaut de les recevoir tous, ce qu’ils ont à dire ne pourra pas être esquivé. Les sept victimes, parfaitement conscientes de la situation, sont porteuses de quelque chose qui les dépasse, et elles ont raison de le préciser. Notre pape est un homme d’un tempérament réfléchi : je n’imagine pas un instant qu’il n’ait pas pris la mesure de la situation, non seulement pour la France, mais à travers elle pour l’ensemble de l’Église« .
S’il était reçu par le Pape, le père Vignon lui adresserait ces paroles : « Très Saint-Père, dotez l’Église des moyens de formation et d’action nécessaires pour que soit détectée et éjectée de son corps toute personne convaincue d’abus de pouvoir, de conscience ou de violence sexuelle.
Il faut vraiment que les renards et les belettes introduits dans le poulailler en soient exclus, sans être abusivement défendus par les émules de « Grimbert le blaireau », comme dans le Roman de Renart. Cette parabole des plaies de l’Église date du XIIIe siècle. Il est plus que temps de s’y mettre. Et puis je lui offrirais un exemplaire du Roman de Renart, ce texte du début du XIIIe siècle qu’on peut considérer comme une illustration des abus, car les sculpteurs médiévaux ont beaucoup reproduit l’épisode où Renart se déguise en moine pour mieux prêcher aux poules. C’est la métaphore des abus : l’Église doit apprendre à se protéger des renards qui s’infiltrent dans ses rangs, et un des meilleurs moyens reste encore d’apprendre aux poules à les repérer. Si l’Église sort de sa naïveté, elle s’en portera mieux ».
Léon XIV en matière d’abus : « il est là pour écouter »
Le Père Vignon dit sa confiance envers le Pape, qui a participé à dissoudre une communauté nouvelle très problématique dans son pays, le Sodalitium : « Léon XIV a fait une chose étonnante au début de son pontificat.Évêque au Pérou, il avait soutenu une journaliste exceptionnelle, Paola Ugaz, qui a courageusement dénoncé un mouvement corrompu, le Sodalicio, dissous ensuite par le pape François. En juin 2025, une pièce de théâtre lui rendait hommage à Lima, Proyecto Ugaz. Le nouveau pape, élu depuis un mois à peine, y a dépêché son collaborateur Mgr Jordi Bertomeu pour lire sur scène une longue lettre sur
les abus, où l’on relève cette phrase : « Il est urgent d’enraciner dans toute l’Église une culture de prévention qui ne tolère aucune forme d’abus, qu’il s’agisse de pouvoir, de conscience, de spiritualité ou d’abus sexuel. » Voilà pourquoi j’ai confiance. Un homme qui agit et écrit ainsi a pleinement conscience de la situation. Les victimes reçues, tout en gardant la déférence due au successeur de Pierre, n’ont pas à être intimidées : elles sont là pour parler, il est là pour écouter ».
Les victimes choisies par Mgr le Stang ?
Au passage, le père Vignon affirme que c’est Mgr le Stang, évêque d’Amiens, qui aurait fait le choix des victimes reçues par le Pape : « Il semblerait que ce soit à l’évêque d’Amiens, Mgr Gérard Le Stang, président du Conseil pour la protection des mineurs de l’épiscopat, que le choix ait été confié. Sans le défendre par principe, il faut reconnaître que c’était une mission impossible, et sa sélection ne me paraît pas si mauvaise. Je ne le connais pas, mais un détail m’a frappé. Au 1er septembre, l’Instance nationale de reconnaissance et de réparation devait être relayée par une nouvelle structure baptisée Renaître. Elle a fait l’unanimité des collectifs contre elle. Or Mgr Le Stang a pris en compte ce qui se disait, et c’est finalement une autre structure qui est sortie, l’Iniave ».
Le même évêque estimait en octobre 2025 qu’il ne s’était « rien passé » en matière d’abus dans l’enseignement catholique de son diocèse, alors que l’ex-petit séminaire et navire amiral de l’enseignement catholique local, Saint-Riquier, venait d’être secoué par les révélations d’un professeur lanceur d’alerte…qui a finalement été exfiltré de l’établissement, et ses avertissements ignorés.

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