Voici la première lettre pastorale de Mgr Lejeusne, premier évêque de Namur, diocèse belge francophone dont les propédeutes sont maintenant réduits à aller à Metz, « pour se sentir moins seuls ».
Introduction
Cela fait maintenant dix mois que vous m’avez accueilli comme évêque de l’Église qui est ici en Provinces de Namur et de Luxembourg. Je vous ai adressé une première lettre en date du 15 octobre dernier dans laquelle je vous faisais part de mes intentions. En reprenant tout d’abord la citation bien connue de saint Augustin « Avec vous je suis chrétien, pour vous je suis évêque », je voulais vous partager le style que je désire donner au service qui m’a été confié. Il s’agit pour l’évêque que je suis de me situer comme membre du Peuple de Dieu, tout en ayant reçu la mission particulière de présider, de conduire et d’accompagner ce Peuple. Cet adage augustinien nous en apprend plus sur la synodalité, vue par les Papes François et, à sa suite, Léon XIV comme une manière de gouverner.
Dans cette lettre, je vous décrivais aussi la méthode que je comptais mettre en œuvre : aller à votre rencontre et écouter. J’ai cherché, depuis mon arrivée, à être à votre écoute pour comprendre ces femmes et ces hommes qui m’accueillent, mais aussi me mettre à l’écoute de Celui qui m’a appelé au service de l’avènement de son Règne à travers le service épiscopal. Avec vous, j’ai scruté les signes des temps et, parmi ceux-ci, il y a les germes encourageants d’un renouveau spirituel qui se manifeste notamment par les demandes d’entrée en catéchuménat : des jeunes et des adultes qui découvrent ou redécouvrent la présence de Dieu à leur côté, et qui se préparent en vue de recevoir les sacrements de l’initiation chrétienne.
Fort de ces temps partagés avec vous, je vous adresse aujourd’hui cette lettre pastorale. Elle se veut comme une restitution des premiers enseignements que je retiens pour notre Diocèse alors que s’ouvre une nouvelle année pastorale, qui sera pour moi la première année complète comme évêque de Namur. Je vous propose, à travers ce document, des orientations prioritaires que nous chercherons ensemble à mettre en œuvre pour le bien de l’Église de Dieu, et pour qu’advienne son Règne, en nous et autour de nous.
Une lettre pastorale n’efface pas pour autant celles qui l’ont précédée. Notre Diocèse, comme l’Église universelle, est en constante évolution. Le monde lui-même est en perpétuel mouvement. Il convient donc de nous demander comment les intuitions perçues à un moment donné gardent leur pertinence, comment elles peuvent être ajustées, approfondies et parfois même réorientées pour répondre aux besoins de la mission aujourd’hui. C’est ainsi que la lettre que je vous propose s’inscrit dans la suite de celle proposée par Monseigneur Warin en 2020, sous le titre « Duc In Altum » (« Avance en eau profonde »).
Je profite de cette lettre pour remercier chacun d’entre vous pour son accueil. Je vous avoue avoir eu quelques appréhensions avant mon arrivée, me demandant comment ce religieux belge, en mission en France depuis trente ans, allait être accueilli. Que ce soit lors des célébrations dominicales dans les paroisses, lors des réunions avec les prêtres, les diacres et les laïcs en mission, au détour d’un échange spontané, et souvent lors d’un repas partagé chez vous, j’ai vite été rassuré. Nos échanges ont été marqués par un climat fraternel, fait de franchise et de confiance. Vous m’avez exprimé vos questions, vos attentes et surtout votre espérance. Dans cette démarche d’accueil et de découverte de notre Église locale, j’adresse un remerciement particulier au Conseil épiscopal qui, chaque semaine depuis mon arrivée, m’a aidé à entrer dans la vie et l’histoire de notre Diocèse.
Pour les trois années pastorales qui s’ouvrent à nous
Bien sûr, nous aurions envie d’aborder l’ensemble des sujets qui concernent la vie des femmes et des hommes de ce temps et qui touchent donc la vie de notre Église universelle et celle de notre Église locale. Pourtant, je souhaite fixer des priorités pour les trois années pastorales à venir. Cela ne veut pas dire que nous nous désintéresserons des nombreux autres domaines pastoraux qui marquent la vie des chrétiens de notre Diocèse, ni même que ceux-ci sont mis en pause (je pense notamment aux questions liées aux service des plus pauvres). Je souhaite cependant que nous nous concentrions sur les points que je vais développer ci-dessous. Ils entrent dans une vision globale qui ouvrira, le temps venu, vers d’autres sujets, tout aussi importants.
Fixer des orientations pour l’Église de Dieu présente sur les Provinces de Namur et de Luxembourg, c’est demander à tous les acteurs pastoraux d’entrer dans une dynamique commune, de s’interroger sur les moyens que nos paroisses, nos services, l’ensemble de l’administration diocésaine et plus largement encore toute l’Église, mettent en œuvre pour contribuer au déploiement de ces orientations. Qu’on n’oppose pas les orientations que je vous propose aujourd’hui à la vie quotidienne de notre Diocèse, de nos paroisses, de notre Église.
Renouveler notre audace missionnaire
L’Église est par nature missionnaire puisque voulue par Dieu. L’incarnation même de notre Seigneur parle de la volonté de Dieu de rejoindre notre humanité, de s’offrir à elle, permettant ainsi à chaque femme et chaque homme de connaître Celui qui donne la vie en abondance. Nous qui, par le baptême, avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ, nous qui participons à sa dignité de prêtre, prophète et roi, nous qui sommes membres du corps du Christ, nous sommes, par grâce, missionnaires de cette Bonne Nouvelle : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle » (Jn 3, 16).
A l’image de Nicodème, nous pouvons être dépassés par l’ampleur de cette Bonne Nouvelle et sans doute aussi par le fait d’être associés à sa proclamation. Pourtant, notre vocation baptismale nous appelle tous, et chacun en particulier, à prendre notre part à l’annonce du Règne de Dieu, chacun selon notre vocation propre, qu’il s’agisse du mariage, de la vie consacrée ou des ministères ordonnés. Toutes et tous, nous sommes appelés à être des disciples missionnaires.
Une Église de disciples
Dans sa lettre apostolique « Une fidélité qui génère l’avenir », le Pape Léon XIV écrit : « Toute vocation dans l’Église naît d’une rencontre personnelle avec le Christ, « qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive ». Avant tout engagement, avant toute bonne aspiration personnelle, avant tout service, il y a la voix du Maître qui appelle : « Viens et suis-moi » (Mc 1, 17). Le Seigneur de la vie nous connaît et éclaire notre cœur de son regard d’amour (cf. Mc 10, 21). Il ne s’agit pas seulement d’une voix intérieure, mais d’une impulsion spirituelle qui nous parvient souvent à travers l’exemple d’autres disciples du Seigneur et qui prend forme dans un choix de vie courageux. La fidélité à la vocation, surtout dans les moments d’épreuve et de tentation, se renforce lorsque nous n’oublions pas cette voix, lorsque nous sommes capables de nous souvenir avec passion du son de la voix du Seigneur qui nous aime, nous choisit et nous appelle, en nous confiant également à l’accompagnement indispensable de ceux qui sont experts dans la vie de l’Esprit. L’écho de cette Parole est, au fil du temps, le principe de l’unité intérieure avec le Christ qui est fondamentale et incontournable dans la vie apostolique » (n. 5).
Cette lettre apostolique donnée à l’Église à l’occasion du soixantième anniversaire du Concile Vatican II concerne particulièrement les décrets sur la formation du Clergé. A cette occasion, le Pape s’adresse plus largement à l’ensemble du Peuple de Dieu, nous ramenant à l’essentiel : pour chacun de nous, il s’agit d’abord d’être et de devenir des disciples du Christ, de nous mettre à l’écoute de la voix du Maître.
« Maître, où demeures-tu ? » (Jn 1, 38). Cette question est celle des disciples qui accompagnent le Baptiste désignant Jésus comme l’Agneau de Dieu (Jn 1, 36). L’évangéliste Jean précise que deux disciples suivent Jésus. A leur question, le Christ les invite : « Venez et vous verrez » (1, 39). Et saint Jean d’ajouter : « ils restèrent auprès de lui ce jour-là » (1, 39). C’est à la suite de cette expérience avec le Christ, après être demeurés avec lui, qu’André rejoint son frère Simon pour lui annoncer : « Nous avons trouvé le Messie » (1, 41). C’est exactement cette dynamique qui est à la source de notre audace missionnaire.
Puissions-nous encore nous laisser rejoindre par cette invitation du Christ : « Venez et vous verrez », avant-même de nous demander ce que nous allons faire et comment nous allons le faire ! Bien sûr, toutes les questions que nous nous posons sur l’organisation de l’Église qui est dans nos provinces de Namur et de Luxembourg, et même dans notre pays, sont légitimes et importantes. Mais si nous ne nous ressourçons pas auprès de Celui qui est la source de notre vocation baptismale, si nous ne demeurons pas avec le Christ, alors nous ne ferons que faire tourner une machine institutionnelle, cherchant à maintenir ce qui a existé. L’Église n’est pas d’abord une institution, elle est le corps vivant du Christ qui prend sa source dans sa mort et sa résurrection. Comme tout corps vivant, il lui faut, il nous faut, nous rendre régulièrement à la source, pour nous nourrir et reprendre des forces. Pour ce faire, l’Eucharistie, la vie de prière personnelle et familiale, la vie sacramentelle, la vie communautaire, le partage de la Parole de Dieu, sont des éléments essentiels à notre vie de disciples. En tout cela, Dieu se donne, il ne compte pas.
« Venez et vous verrez ». Ce n’est pas un slogan pour vendre un produit, c’est l’invitation que nous lance le Christ pour connaître Celui qui l’a envoyé, Celui qui a tellement aimé le monde qu’il s’est fait l’un d’entre nous, Celui que nous appelons « Père » et dont nous sommes fils et fille. Quelle merveilleuse expérience ! « Qui sont ma mère et mes frères ? », répond le Christ à ceux qui l’interpellent. « Ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 8, 21).
Une Église de disciples missionnaires
Nombreux sont les passages de la Parole de Dieu qui illustrent cette impérieuse nécessité d’annoncer au monde la Bonne Nouvelle de l’Évangile. Saint Paul lui-même ne s’y trompe quand il proclame : « En effet, annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile » (1 Co 9, 16). Cette Mission est l’affaire de tous, encore faut-il s’entendre sur ce que nous annonçons et la manière de le faire. Je souhaite ici partager avec vous quelques convictions.
Le Kérygme au cœur de notre annonce
« Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze ; … » (1 Co 15, 1-8).
Nous ne devons ni inventer, ni édulcorer ou transformer le cœur de notre foi. Nous l’avons reçue gratuitement, il nous faut la donner gratuitement. Notre mission consiste avant tout à annoncer cette Bonne Nouvelle à nos contemporains. Bien sûr, nous sommes attentifs à adapter notre langage à l’âge et à la situation de celles et ceux que nous rejoignons, mais nous devons partir du cœur de notre foi et y revenir. La dilution du message chrétien ne le rend pas plus lisible ou acceptable. Dès le début de la vie de l’Église, saint Paul était confronté à la difficulté de cette annonce : « Puisque, en effet, par une disposition de la sagesse de Dieu, le monde, avec toute sa sagesse, n’a pas su reconnaître Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu’est la proclamation de l’Évangile. Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. » (1 Co 1, 21-23). Ne confondons pas l’exigence de l’Évangile avec des contes pour enfants. N’ayons pas peur des mots de la foi. N’ayons pas peur d’assumer l’héritage de la vie de l’Église avec tout ce qu’elle a fait de beau et de bon pour notre humanité, mais aussi avec ses faiblesses que nous savons nombreuses.
La Bonne Nouvelle est pour tous
De tout temps, l’Église n’a cessé de multiplier ses efforts pour rejoindre les femmes et les hommes de tous âges, quelles que soient leurs histoires personnelles, leurs conditions de vie ou de santé, et ce sur tous les continents. De la même manière, toutes les femmes et les hommes présents sur les Provinces de Namur et de Luxembourg doivent pouvoir être rejoints par le message de l’Évangile. La physionomie de notre Diocèse, le plus grand de Belgique en termes de superficie, regroupe des réalités très différentes, marquées pour une bonne part par la ruralité, mais aussi un nombre impressionnant d’écoles communales, provinciales, officielles ou libres, d’écoles supérieures, et d’universités. Nous pourrions encore évoquer les cliniques, les hôpitaux, les lieux de soins, les prisons et maisons d’arrêt, la présence de camps militaires. Et j’en oublie sans doute. Tous doivent pouvoir être rejoints par cette Bonne Nouvelle. Ne nous retranchons pas derrière le constat de la sécularisation. Nous sommes appelés à aimer le monde dans lequel Dieu s’est fait homme, c’est pour cela que, partant de ce qu’il est, le Christ nous envoie annoncer sa Bonne Nouvelle. Il ne nous appartient pas de juger qui en est digne ou pas, qui en est trop éloigné, qui est capable de la recevoir ou pas. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son propre Fils » (Jn 3, 16). Et nous, nous, répondons à l’invitation du Christ : « Allez, de toutes les nations faites des disciples … et moi je suis avec vous tous les jours et jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20).
Tous les ouvriers sont les bienvenus aux travaux de la moisson
Travailler à l’avènement du Règne de Dieu est avant tout une vocation, un appel, une mission. Loin d’être réservée à quelques-uns, cette mission est l’affaire de tous les baptisés. Il s’agit d’abord d’assumer le baptême dans le lequel nous avons été plongés. Ce don magnifique que Dieu nous fait nous pousse inévitablement à nous poser cette question : « Comment puis-je, à mon tour, donner ce que j’ai reçu par grâce ? ». Chacun est appelé à répondre à cette question : « Comment assumer cette mission à laquelle Dieu m’associe ? ».
La famille, premier lieu d’évangélisation
C’est dans la famille que débute cette expérience extraordinaire de se savoir aimé et d’apprendre à aimer. C’est aussi là que se disent les premiers mots d’une relation filiale et fraternelle. C’est là encore que se transmettent les mots de la prière et le goût de la Parole de Dieu. Le foyer familial est aussi un lieu de recherche de la vérité, de la beauté, du bien commun. Au jour de notre baptême, nos parents, parrains et marraines se sont engagés à nous élever dans la foi de l’Église. Et, au jour de votre mariage, vous vous êtes engagés à accueillir les enfants que Dieu vous donne et à les éduquer selon l’Évangile du Christ et dans la foi de l’Église. Ce ne sont pas des paroles en l’air inscrites dans un Rituel. Elles marquent l’engagement à faire fructifier les dons reçus de Dieu.
Les laïcs en mission
Parmi les chrétiens, certains se voient confier une mission pastorale dans le cadre du travail salarié pour l’Église. Cette collaboration entre diacres, prêtres et laïcs est indispensable à la vie de l’Église. Elle n’est pas un moyen de pallier la raréfaction des vocations sacerdotales et religieuses, mais elle constitue l’ADN même de l’Église. Quand des femmes et des hommes laïcs sont appelés à mettre leurs compétences au service de l’annonce de l’Évangile, ils reçoivent une mission qui les dépasse et ne leur appartient pas. Chacun, là où il est envoyé, contribue, à sa mesure, à l’avènement du Règne de Dieu, dans le cadre d’un travail de salarié et d’orientations données par le Diocèse. Je tiens ici à remercier chacun pour son investissement. Cette double « appartenance » n’est pas toujours simple à gérer et nous oblige sans cesse à ajuster notre implication personnelle, ce qui a un impact tant sur la mission de l’Église que sur la vie des familles.
Bien d’autres laïcs participent à la vie de l’Église par des engagements bénévoles. C’est le cas dans les paroisses avec celles et ceux qui s’impliquent notamment dans la catéchèse, dans les équipes de préparation aux sacrements, ou dans l’entretien des églises… Comment ne pas évoquer également tous ceux qui s’engagent dans les Fabriques d’Églises ou dans la gestion des ASBL ? Les lieux où s’investir ne manquent pas. La moisson est abondante mais là aussi il manque des ouvriers. Comme pour les laïcs salariés, il est important de recevoir la mission pour un temps donné qui amène à une relecture et peut-être à des ajustements. Nous devons sans cesse solliciter, parfois pour un service ponctuel, ou pour donner du temps pour des Conseils pastoraux, … L’Église ne peut remplir sa mission que si les chrétiens la prennent en charge avec générosité et désintéressement. C’est déjà le cas, mais il nous faut accentuer cette prise en charge.
Les ministères ordonnés et la vie consacrée
« Le renouveau de l’Église entière, souhaité par tous, dépend pour une grande part du ministère des prêtres animé par l’Esprit du Christ » (Une fidélité qui engage l’avenir, n. 1)
Nous avons la chance dans notre Diocèse d’avoir de nombreux prêtres, diacres, religieux et religieuses, des communautés monastiques ou de vie apostolique, des femmes et des hommes, parfois venus de loin, qui engagent leur vie de manière spécifique, par un choix radical, à la suite du Christ, au service du Peuple de Dieu.
Je mesure également la belle diversité et la complémentarité des charismes entre les prêtres diocésains et les familles spirituelles. Fort de cette richesse, le Seigneur peut rejoindre chacun là où il en est. Je rends grâce à Dieu pour tout cela.
J’invite chacun de ceux qui se sont ainsi engagés à la suite du Christ, à déployer toutes ses forces, selon son état de vie et le charisme de son institut, au service de l’avènement du Règne de Dieu. Chacun pourra s’interroger sur le pas de plus qu’il peut faire pour une collaboration fructueuse avec les autres acteurs de la mission.
Avec les prêtres, en particulier, nous devrons nous interroger sur la manière de vivre notre ministère dans le contexte qui est le nôtre. Nous le savons, notre mission ne se limite pas à la seule célébration des sacrements, aussi importants soient-ils. Comment nous rendre plus disponibles pour rejoindre celles et ceux qui sont, pour diverses raisons, plus éloignés de nos églises, tels que les jeunes, les personnes malades ou âgées, les hommes et les femmes privés de liberté, les démunis, … ? Notre place est là, au cœur du monde.
L’enseignement catholique et les mouvements de jeunesse
Parmi les acteurs pastoraux de premier plan, il y a bien sûr l’enseignement catholique et les mouvements de jeunesse. Nos écoles, collèges et universités sont marqués par un héritage façonné par l’Évangile. Les mouvements de jeunesse, tels que le scoutisme, le patronage, les mouvements d’Action catholique, … sont nés, directement ou indirectement, de la volonté de l’Église de rejoindre les plus jeunes et de contribuer à leur éducation humaine, intellectuelle, spirituelle. Un de leurs objectifs était, sans conteste, que ces jeunes puissent s’engager, le moment venu, au service du monde et de l’Église, et contribuer ainsi à l’édification d’un monde plus fraternel, marqué par le sens de l’autre et du Tout-Autre, l’accueil de la différence, le soin de la Création, l’esprit d’équipe, la capacité à discerner le bien du mal …
Je pourrais continuer à énumérer tous les acteurs qui sont appelés à collaborer au service de cette magnifique mission qu’est le service du Peuple de Dieu. Il faudrait alors ajouter de nombreuses pages à cette lettre. Puissions-nous prendre conscience que nous ne pouvons pas nous passer les uns des autres, qu’ensemble nous formons l’Église et que nous contribuons, chacun à la place qui est la nôtre, avec nos qualités et nos limites, au projet de Dieu pour notre humanité.
Une Église qui rejoint les jeunes pour leur partager la joie de l’Évangile
Nombreux sont ceux qui m’interrogent lors des célébrations dans les différentes paroisses de notre Diocèse : « Comment faire venir les jeunes à la messe » ? Ma réponse ne varie pas. Il nous faut d’abord nous poser la question de savoir comment les rejoindre. C’est la méthode que Dieu lui-même utilise. Le prologue de l’Évangile de saint Jean nous éclaire : « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14). Toute l’histoire du salut est marquée par cette méthode, depuis Abraham, en passant par Moïse, les prophètes, les disciples, l’Église que nous formons aujourd’hui, à la suite des apôtres. De tout temps, Dieu a suscité des médiations pour rejoindre son Peuple et lui donner la vie.
Tel est encore le projet de Dieu ; telle est notre ambition aujourd’hui : rejoindre les femmes et les hommes de ce vingt-et-unième siècle, particulièrement les plus jeunes, pour leur annoncer Jésus-Christ, Dieu fait homme, mort et ressuscité.
Les générations qui ont reçu cette annonce du cœur de la foi chrétienne ont pu en vivre dans une société qui favorisait peut-être un peu plus sa réception. L’annonce de notre foi par définition s’incarne dans une société et un contexte donné. Aujourd’hui, pour rejoindre les plus jeunes, nous devons comprendre leur environnement, ou tout du moins nous y intéresser. Il n’y a pas si longtemps que cela, nous évoquions la concurrence des clubs de sport. Loin d’être un concurrent, le sport a longtemps été un atout. Il suffit de voir le nombre de clubs qui ont vu le jour à partir de nos paroisses ou du charisme de tel ou tel prêtre.
Nous devons nous interroger : quelles sont les joies et les craintes de cette génération ? Quels sont ses motifs d’espérance ? Quelles sont ses sources d’angoisse ? Comment vit-elle sa relation aux autres et à Dieu ? Comment vit-elle les changements de ce monde avec ses polarisations, ses tensions internationales, le dérèglement climatique ?…
Nous vivons à l’heure de l’intelligence artificielle, des réseaux sociaux avec leurs algorithmes, qui, loin d’ouvrir largement sur le monde, limitent nos interactions à ceux qui nous ressemblent, rétrécissant ainsi notre regard sur un monde que nous sommes pourtant appelés à aimer avec toutes ses subtilités et ses différences, un monde aimé de Dieu lui-même.
A l’heure où l’on s’interroge même sur le rapport à la vérité, il devient sans doute plus difficile d’entendre Jésus nous dire qu’il est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6).
Nous sommes ici bien loin de nous interroger sur la question des conséquences du match de foot qui a lieu en même temps que la messe du dimanche matin.
Pour annoncer aux jeunes qu’ils sont aimés de Dieu, nous devons comprendre le monde dans lequel ils vivent, ce monde qui est aussi le nôtre d’ailleurs. Nous n’avons pas besoin d’être des spécialistes en sociologie, bien que nous puissions nous laisser éclairer par eux. Nous sommes surtout invités à écouter ce que les plus jeunes nous disent, y compris de leur recherche de sens, de leur quête spirituelle.
Les lettres des catéchumènes et des confirmands témoignent de cette recherche. Ils ont été quatre-vingts adolescents et jeunes adultes à recevoir le sacrement du baptême cette année et autant à recevoir le sacrement de la confirmation. C’est en même temps un motif d’action de grâce et une grande responsabilité. Je souhaite d’ailleurs remercier le service diocésain du catéchuménat et les équipes d’accompagnement dans les paroisses pour le précieux service que tous rendent aux jeunes qui demandent à recevoir ces sacrements de l’initiation chrétienne. Ce faisant, ils facilitent leur rencontre avec le Christ, lui « le chemin, la vérité et la vie ».
Nous avons reçu gratuitement, il nous faut donner gratuitement, sans arrière-pensées. Quand nous rejoignons les jeunes, ce n’est pas d’abord pour remplir nos églises ou le séminaire, même s’il n’y a pas de mal à le vouloir et qu’il y a d’ailleurs un service diocésain des vocations.
Nous allons vers eux parce que la Bonne Nouvelle de l’Évangile a été pour nous source de vie et que nous voudrions que les générations qui nous suivent en bénéficient à leur tour, comme un héritage que nous voulons transmettre après avoir fait fructifier ce que nous avons nous-mêmes reçu.
J’invite donc l’ensemble des chrétiens et particulièrement les acteurs pastoraux, prêtres, diacres, laïcs en mission, à se placer dans une double dynamique : se mettre dans une posture d’accueil et d’écoute des plus jeunes et, dans le même temps, leur offrir des lieux de rencontre et d’accompagnement.
Quelques initiatives existent déjà, et je m’en réjouis. Nous devons poursuivre nos efforts. Cela passe par une approche globale. Nous devons apprendre à travailler plus en synergie avec l’enseignement catholique, les paroisses, le service diocésain de la pastorale des jeunes, les mouvements de jeunesse. L’ensemble de tous ces acteurs ecclésiaux sont indispensables, chacun avec ses spécificités pour contribuer à faire des jeunes qui sont confiés à l’Église des femmes et des hommes debout, animés par le souci du bien commun, capables de s’engager au service du monde et de l’Église. Aucun des acteurs cités ne peut à lui seul prétendre remplir cette mission.
L’Église en Europe vit actuellement la belle surprise de voir de nombreux jeunes entamer un chemin de catéchuménat et se tourner vers le Christ. La Belgique et notre Diocèse bénéficient également de cet élan. Nous ne pouvons que nous en réjouir bien sûr et, dans le même temps, nous devons avoir conscience de notre responsabilité en la matière. Celle-ci s’étend au-delà de la seule question de l’accueil et de l’accompagnement des catéchumènes. Nous constatons que cette dynamique dépasse largement les seuls catéchumènes, c’est toute l’Église qui est traversée par ce vent de l’Esprit. C’est ainsi que des chrétiens, qui jusque-là vivotaient dans leur coin, s’interrogent sur la manière dont ils font vivre ce don reçu au jour de leur baptême. Ils nous interpellent, nous demandent ce que nous pouvons leur proposer et certains s’interrogent sur la manière de s’impliquer plus dans la vie du monde et de l’Église, au nom de leur foi et de Jésus-Christ.
C’est pourquoi, je souhaite que nous soyons particulièrement attentifs à la question du catéchuménat, avec un accent tout particulier à accorder à la promotion de ce chemin d’initiation chrétienne. Soyons aussi vigilants à l’accueil des personnes, jeunes et moins jeunes, qui font le premier pas. Elles viennent vers nous en s’interrogeant sur le parcours qui conduit vers le baptême ou la confirmation. Les premiers mots qu’ils entendent ne peuvent pas être : « c’est long et compliqué ». J’ai conscience que toutes les paroisses n’ont pas les ressources pour un tel accompagnement, mais là encore, il s’agit de voir comment mettre en commun ce que nous avons, pour le bien de tous. Le temps du catéchuménat est une expérience ecclésiale forte, qui fait appel à un discernement méticuleux, fait d’écoute, de partage, de rencontres. Il est essentiel de permettre à ceux qui s’engagent sur ce chemin de le faire dans les conditions que propose l’Église en termes de temps et de préparation.
Se doter d’une organisation qui réponde à nos ambitions
Pour mettre en œuvre notre ambition pastorale, nous ne pouvons pas nous contenter de quelques ajustements à gauche et à droite. Ensemble, nous devons vivre une conversion qui nous oriente à nouveau vers le Christ de qui nous recevons toute mission.
Je vous partage ici quelques éléments qui, plus que des dispositions pratiques, sont une dynamique qui veut orienter la vie de notre Diocèse pour les prochaines années.
Depuis 2007, notre Diocèse est en chantier pour organiser la vie des paroisses. Les premières Unités Pastorales ont vu le jour en 2016. Elles ont pour objectifs un plus grand dynamisme pastoral, une mise en commun de nos forces et un travail synodal en conseil et en coresponsabilité différenciée des laïcs avec leur curé. Une grande partie du chemin est maintenant accomplie dans la création de ces Unités Pastorales. Je souhaite que d’ici le mois d’août 2028, l’ensemble de notre Diocèse soit organisé en Doyennés stables et en UP. Le Chantier Paroissial laissera alors la place à une équipe d’accompagnement des Unités Pastorales en vue de soutenir la mission et le renouvellement des équipes. L’expérience acquise depuis le début de cette réforme permettra à l’ensemble des acteurs pastoraux d’aller à l’essentiel, tout en préservant le temps de l’écoute nécessaire pour mener à bien cette tâche.
Pour permettre la mise en œuvre des orientations pastorales, un nouvel organigramme est disponible, mettant en valeur des pôles missionnaires au service de la vie de notre Église locale. Cet organigramme permet à chacun de s’interroger sur la manière dont il peut contribuer à notre mission commune. J’insiste sur trois points importants à la bonne compréhension de cet organigramme : la juste subsidiarité, le travail synodal et la nécessaire mise en place de passerelles entre services en fonction des projets. Pour le bien de la mission, nous ne pouvons et ne devons plus travailler chacun dans sa propre sphère.
Pour poursuivre et approfondir le travail d’écoute et de rencontre des réalités pastorales, je commencerai au cours de cette année des Visites pastorales. Durant ces visites, je me rendrai disponible pour rencontrer les acteurs ecclésiaux bien sûr, mais aussi les autorités communales, les responsables des établissements scolaires, des mouvements et les différents acteurs de la vie locale.
Tout royaume divisé est voué à sa perte
« À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35). Cet appel du Christ à l’unité et à la fraternité de ses disciples s’adresse à nous aujourd’hui. C’est vrai pour l’ensemble des chrétiens présents sur notre Diocèse et, de manière plus accrue encore, pour les acteurs pastoraux et le Clergé. J’invite chacun à diriger ses efforts vers l’unité et la fraternité, faisant miennes les paroles du Saint-Père : « Comment, en effet, pourrions-nous, nous les ministres, être des bâtisseurs de communautés vivantes, s’il ne régnait pas d’abord entre nous une fraternité effective et sincère ? » (Une fidélité qui engendre l’avenir, n. 12).
Conclusion
Chers frères et sœurs, après ces premiers mois à vos côtés, je vous redis ma joie de faire route avec vous. Je termine cette première lettre qui veut nous donner un nouvel élan pastoral, confiant en notre capacité commune à relever les défis de notre Église particulière. Nous poursuivons notre marche à la suite du Christ en communion avec l’Église universelle. Je vous assure tous de ma prière fraternelle et de mon entier dévouement à la mission qui m’a été confiée par le Saint-Père, le Pape Léon XIV, il y a maintenant une année.
Bien fraternellement,
Mgr Fabien Lejeusne

Je propose à TD de bien lire cette lettre et de me citer les passages « outranciers, excessifs, hérétiques, schismatiques, cancéreux, modernistes » selon les qualificatifs qu’il attribue aux évêques belges. Bonne lecture …
Et cet évêque condamne-t il fermement l’évêque Bonny qui veut ordonner des prêtres mariés ? Il ne le dit pas. Condamne-t-il aussi les bénédictions des couples contre nature ou adultère ? Condamne-t-il aussi Amoris Laetitiae qui autorise les adultère à communier ce qui est une profanation du St Sacrement.? S’il est vraiment catholique il doit avoir des positions claires sur tous ces sujets. C’est essentiel.
Voilà donc que TD définit la foi catholique uniquement par la seule morale sexuelle (adultère, homosexualité, célibat sacerdotal) : des interdits, dans la façon de s’aimer, seraient donc les critères d’une foi authentique. On passe à côté de l’essentiel : l’évêque de Namur dans sa première lettre pastorale invite à bien autre chose pour être bâtisseurs de communauté et témoins du Christ dans ce monde d’aujourd’hui qui a bien changé depuis un siècle.
Si j’ai bien compris TD, être un bon évêque c’est « condamner ». Il dit bien par trois fois qu’il est essentiel de « condamner », alors que le Christ a bien dit à la femme adultère : « Va ! Je ne te condamne pas ». Une Eglise fermée, culpabilisante, orgueilleuse, donneuse de leçon, imposant sa morale, … ne saurait pas être missionnaire.
Les commandements de Dieu et la morale catholique ne sont pas « orgueilleux » comme vous dites. Si vous osez dire que Dieu est « orgueilleux » c’est un blasphéme épouvantable. Le premier devoir d’un évêque est le salut des âmes. Alors oui il faut combattre le péché. Un évêque qui bénit ou encourage le péché non seulement ne fait pas son devoir mais conduit les âmes en Enfer. L’Église était bien plus missionnaire avant Vatican II que depuis Vatican II ou on nous dit que toutes les religions sont égales. Regardez le magnifique travail missionnaire accompli par Mgr Lefebvre en Afrique. En matière de mission Mgr Lefebvre n’ a pas de leçon à recevoir de qui que ce soit.
Alors, quel est actuellement le Magistère Catholique auquel tout croyant doit se référer ? Le Magistère s’est-il arrêté à Pie XII ? Un concile, comme depuis 2000 ans, est toujours une avancée dans la compréhension du mystère de salut : dois-je vivre aujourd’hui avec des références du 19e siècle ? Peut-on encore sans être ridicule se référer au Syllabus de Pie IX ? Voilà où se situe l’orgueil : dans la façon de croire qu’on est meilleur que les autres et qu’on doit condamner toute réflexion en imposant ses normes ! Et qu’on est figé sur une époque dépassée pour aborder le monde d’aujourd’hui.
Les commandements de Dieu sont éternels. La morale catholique ne change pas avec le temps. J’ai bien noté que l’enseignement des papes jusqu à Pie XII inclus est ridicule et bon à jeter aux ordures. Garder la foi catholique est de l’orgueil. L’Église était dans l’erreur et s’est trompée jusqu’à Vatican II C’est Vatican II qui a découvert la vérité. Vatican II est le 5ème Évangile. Hors de Vatican II point de salut.
Quand on tient un tel langage c’est qu’on a plus rien de catholique.
Je ne comprends plus rien. En gardant les mêmes références que TD, voici ce que disait Pie XII, dans son discours aux participants au XIIIe congrès international de psychologie appliquée du jeudi 10 avril 1958 : « Certaines actions sont contraires à la morale, parce qu’elles violent seulement les normes d’une loi positive, d’autres portent en elles-mêmes leur caractère d’immoralité. Parmi celles-ci, — les seules dont Nous Nous occuperons, — d’aucunes ne seront jamais morales, d’autres deviendront immorales en fonction de circonstances déterminées ». Il y a donc des circonstances (notamment d’époques, de contextes, d’environnement) qui modifient les préceptes moraux. Le prêt à tempérament était hérétique jusqu’au 13e siècle, il ne l’est plus ; la peine de mort était acceptable au siècle dernier, elle ne l’est plus ; la guerre, autrefois considérée comme juste, ne l’est plus. Même si les principes restent intangibles, l’application de la morale chrétienne est liée à l’époque.
L’adultère, le péché impur contre nature, les relations coupables hors mariage, l’avortement (qui est un meurtre) ont toujours été des péchés très graves contraire aux commandements de Dieu. Les commandements de Dieu ne changent pas avec les époques. Quant à la peine de mort elle est justifiée par St Thomas D’Aquin. Il a fallu attendre le pape Bergoglio de satanique mémoire pour apprendre qu’elle était condamnée. Entre Bergoglio pape très hétérodoxe et St Thomas D ‘Aquin les catholiques voient où est la vérité.