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La messe novus ordo  »célébrée pieusement » : énième miroir aux alouettes ?

Par Rédaction de Catholix — 25 octobre 2026

Dans les colonnes de Paix Liturgique, le docteur Labriolle répond à ceux qui veulent renvoyer novus et vetus ordo dos à dos, et affirment que la messe novus ordo  »célébrée pieusement » vaut le VOM, et permettrait de jeter un mouchoir sur les nombreux abus liturgiques :

Le successeur de Pierre, après avoir imputé aux « abus » ayant accompagné l’adoption imposée d’un « nouvel ordo » intrinsèquement malléable le déficit de piété subséquent, renvoie, somme toute, dos à dos, les abuseurs de la déconstruction, et les abuseurs du retour au « statu quo ante bellum ». Annuler, à cause des abus, la Messe de Vatican II, c’est un prétexte pour annuler Vatican II. Là est le casus belli redouté par Rome, qui, aux abois, tente sans relâche de ravauder la tunique du Christ. Écoutons le Pape : « Eh bien, si nous célébrons la liturgie Vatican II de manière appropriée, trouvez vous vraiment une grande différence entre cette expérience et celle là ? ».

S’il s’avère que « l’expérience » vetus ordo n’est pas significativement différente de « l’expérience » novus ordo, telle que préconisée, et pratiquée sans doute, par Léon XIV, on comprend mal la raison pour laquelle celle ci et non celle là a qualité pour porter seule l’expression légale du rite romain, selon les termes de « Traditionis custodes », motu proprio de triste mémoire. Il convient alors de questionner l’hostilité romaine aussi tenace à une expérience pourtant si semblable, et simultanément dépréciée.

Les appels à la tolérance du Cardinal Parolin au printemps 2026 avaient un avant-goût de décrispation, suggérée à un épiscopat français se disposant à soustraire les soutanes de cérémonie à la naphtaline, mais pas nécessairement à raviver sa paternité, remisée de longue date. On pouvait y voir l’anticipation de dispositions léonines accommodantes, dévoilables au cours de son voyage dans l’Hexagone. Au décours d’une exhibition généreusement achalandée, force est de reconnaître que rien n’a changé. Le Pape ne veut voir qu’une seule tête, derrière lui et Vatican II en bandoulière.

Ceux qui ont connu l’abbé Jean François Guérin avant qu’il ne fonde la Communauté Saint Martin en exil, pouvaient sans peine assister au novus ordo en latin et dos au peuple qu’il célébrait à l’ancienne devant un parterre d’éphèbes et de demoiselles trop heureux que la célébration, simultanément faste et conciliaire, rendît indolore le nouveau rit imposé. Mais qui, à part l’abbé Guérin…? célébrait la messe avec un tel soin que « l’expérience » d’un nouvel ordo si étrangement semblable au vetus ordo ? Ce qui lui valut une convocation par le Cardinal Marty, l’espion de l’évêché de Paris s’y étant mépris.

La Messe de Paul VI peut être célébrée pieusement. Mais elle n’a pas été conçue pour ça. C’est une messe plastique, à la carte, adaptable à son public. Elle a été voulue, et inventée ainsi. Ce que le Pape régnant désigne sous le terme d’abus trouverait du sens si une normativité formant un cadre d’une dignité suffisante avait été conçu et réclamé par Rome ; et à son invitation, par un épiscopat qui, en France, s’est signalé par son inertie dans les devoirs de sa charge. Le novus ordo n’a pas été altéré par des abus. Il a incité aux abus les plus divers, étant lui-même un abus liturgique, amplifié ici, hyperbolique parfois, neutralisé au cas par cas par un clergé pieux et averti. Les folies des années 70 ont fini par être jugulées, au moins sur le plan statistique, au profit d’un modèle généralisé, ayant tourné le dos à la créativité blasphématoire, mais confit en médiocrité navrante. Les fidèles ont disparu au fil de ces années de plomb.

Les fidèles du vetus ordo, et Mgr Eychenne le leur reproche, ont bien compris que la célébration du rit qui a construit l’Église, est plus riche en grâces diffuses que le rit nouveau, lequel, empêtré dans ses contradictions, l’appauvrit méthodiquement. Là oû le Saint Sacrifice est honoré d’honneur, et aimé d’amour, l’Église vit et se déploie. Là oû la communauté se glorifie elle-même, elle se dissout. Plus Léon XIV rapproche les deux « expériences », vetus et novus façon sœurs siamoises, plus il tend à estomper ce qui caractérise la nouveauté du nouveau rit, moins il en justifie l’existence. Plus la volonté conciliaire de concevoir la messe qui lui ressemble se révèle abusive, et son résultat, un échec désormais échu. S’il s’avère que le novus ordo célébré tel que Léon XIV souhaite qu’il le soit, n’est en définitive que la pâle copie du rite millénaire qui a produit et nourri les saints de l’Église, la montagne conciliaire a accouché d’une souris.

C’est le texte conciliaire, celui de « Sacrosanctum Concilium » qui fait foi de la volonté d’un lobby, soutenu de facto par Paul VI, de dynamiter, après la Contre-Réforme, la liturgie vénérable ; celle à laquelle l’Église doit sa prospérité spirituelle, et la Chrétienté sa cohérence dans l’éducation des âmes et des peuples. La Constitution sur la liturgie , votée en 1963, dénonce à sa façon la liturgie discrètement remaniée par Jean XXIII l’année précédente, et célébrée chaque matin par chaque père conciliaire. Dès le premier paragraphe du texte conciliaire, le ton est donné : « Puisque le saint Concile se propose de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles, de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes au sein de l’Église, il estime qu’il lui revient à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie. En effet, la liturgie, par laquelle, surtout dans le divin sacrifice de l’Eucharistie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption » contribue au plus haut point à ce que les fidèles, par leur vie, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Église. »

En une quinzaine de ligne, ce texte conciliaire énonce la charte de la révolution liturgique, et sa densité n’est pas sans analogie, fût-ce à rebours, avec le Prologue de Saint Jean, qui synthétise l’œuvre rédemptrice du Christ. En vertu des motifs exposés fort à propos, Vatican II se perçoit comme mandaté pour assurer « restauration » et « progrès » dans la liturgie, donnant à penser qu’en l’état de celle-ci le « Mystère du Christ » et la « nature authentique de la véritable Église » sont opaques, même aux hommes de bonne volonté.

« Dieu, qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1Tm. 2,4), a envoyé son Fils, « et le Verbe fut chair. Si tous les hommes ne s’intègrent à l’Église par le baptême, c’est qu’ils en sont détournés, quelle que soit la cause de cet effet déplorable. L’œuvre rédemptrice étant exercée par la liturgie, l’effet déplorable est opposable à la liturgie de l’Église. Une restauration suppose une dégradation. Un progrès sert à rattraper une inertie, ou un retard. Telle est la feuille de route.

On comprend mieux les tensions du présent si on prend la mesure de la violence faite à l’Église par Vatican II, par une sentence qui en déprécie le zèle dans la Mission, laissant en dehors de l’Église une humanité « magnifique », et faisant échouer le Projet Divin. De l’eau a coulé sous les ponts, et le projet « restauration/progression », qui a vidé les paroisses, s’est avéré contre-productif quant à l’ensemble des objectifs déclarés dans la Constitution sur la liturgie. Loin d’en prendre loyalement la mesure, et d’œuvrer à la cicatrisation des plaies, afin d’entamer un retour à la Tradition, la Nef, éventrée par la manœuvre liée au contresens collectif qui l’a égarée, a préféré la fuite en avant. En canonisant les papes fourvoyés, la hiérarchie actuelle s’opiniâtre et dévoile son cœur. La curée postconciliaire était, et demeure, intentionnelle et assumée. L’objectif était de quitter la verticalité du Salut pour l’horizontalité de la fraternité prétendue universelle, excluant, évidemment les dénonciateur de cette arnaque, la plus délétère du 20e siècle, et plus que jamais actuelle. Impossible de mettre le vetus ordo, et ses fidèles traditionnels, au service d’une Paix que le monde conçoit comme un Yalta des religions éparses. Seul le Christ est la Voie, la Vérité, la Vie. Il est bon de se le rappeler, n’est ce pas ?

Philippe de Labriolle

Psychiatre Honoraire des Hôpitaux

9 commentaires

  1. TD
    25 octobre 2026 à 20h45

    M de Labriolle fait une excellente analyse. La messe novus ordo « bien célébrée » n’existe pas. La révolution est dans l’ADN de la nouvelle messe qui a été inventée par le franc maçon Bugnini pour plaire aux protestants. Lisons le bref examen critique des cardinaux Ottaviani et Bacci. Rejetons la nouvelle messe et assistons uniquement à la messe de toujours.

  2. LAPEZE-CHARLIER Antoine
    28 octobre 2026 à 15h32

    Adepte et défenseur de la messe de Saint-Pie V dans mon diocèse de Tarbes et Lourdes, je ne suis pas du tout d’accord avec l’article de M. de Labriolle à propos de la messe Novus Ordo bien célébrée.
    Pour exemple, J’ai eu l’occasion d’assister dans le courant du mois de juillet de cette année, à la messe dominicale, en l’abbaye de la Lucerne qui est dans le diocèse de Coutances, en Normandie, messe célébrée par un prêtre diocésain en charge de ce centre spirituel.
    La messe est celle du « Novus-Ordo » , solennelle et elle était chantée en grégorien avec aussi une chorale polyphonique. Et effectivement, cela ressemblait de très près à la liturgie de Saint-Pie V, si ce n’est que les textes des lectures ,épitres et évangile étaient ceux du nouveau calendrier liturgique, adopté à partir du 1er dimanche de l’avent 1969.
    La cérémonie dans son ensemble était très digne, sans folklore, très priante, tant et si bien qu’une personne de ma famille ayant comme moi, assisté à cette messe, a crue que c’était la messe d’avant 1969.
    Le problème essentiel qui existe depuis l’application du nouveau rite, c’est que la messe dite de Paul VI, n’a jamais été célébrée comme il faut. Et le carcan progressiste, l’a emporté en donnant les célébrations du nouveau rite que nous connaissons.
    Et c’est ce qui provoque depuis cette cassure entre fidèles catholiques…
    Sur la forme et sur le fond!
    Il y a aujourd’hui, quand même un retour , même s’il semble pour l’instant très léger , vers des célébrations nouveau rite, plus dignes et plus priantes dans pas mal de paroisses grâce à la nouvelle génération des prêtres diocésains..
    Même si elles ne sont pas toutes encore de la qualité de l’abbaye de la Lucerne des abbés Guillaume Antoine et Henri Vallençon, responsables de cette abbaye.

    1. Nominoe
      28 octobre 2026 à 17h41

      Sauf qu’une épée de Damoclès pèse sur cette fondation, qui n’est d’ailleurs active que six mois dans l’année…

  3. TD
    28 octobre 2026 à 18h33

    M Lapeze Charlier La nouvelle messe permet tout et n’importe quoi. Les messes nouvelles en latin et grégorien existent mais sont très rares. Ces messes « dignes » ont malheureusement l’offertoire de la nouvelle messe qui en réalité n’est qu’une prière juive de bénédiction omettant la Sainte Trinité devenue « dieu de l’univers ». De plus au cours de ces messes les femmes feront les lectures et la communion sera donnée dans la main ce qui est une profanation du Saint Sacrement. Ces messes modernes en latin et grégorien sont des attrape nigauds. Je me répète : le problème de la nouvelle messe est doctrinal et non esthétique. Lisez le bref examen critique des cardinaux Ottaviani et Bacci.

  4. LAPEZE-CHARLIER Antoine
    28 octobre 2026 à 19h00

    En réponse à mes contradicteurs, je n’ignore pas les excès de la célébration du nouveau rite, notamment la communion dans la main donnée en plus souvent par des laïcs.
    Je j’ignore pas aussi le bref examen critique des Fameux cardinaux Ottaviani et Bacci qui ont eu le mérite de s’opposer aux dérives que malheureusement nous connaissons depuis près de 60 ans.
    Mais il faut reconnaître que certains prêtres diocesains, aujourd’hui, ont le mérite de célébrer la nouvelle liturgie dignement comme, je me répète, elle aurait dû l’être, sans femmes faisant les lectures ou donnant la sainte communion.
    Et même si ces prêtres, comme à l’Abbaye de la Lucerne, ne la célèbrent que six mois de l’année car le centre spirituel n’est ouvert, je crois que de Pâques à la Toussaint, ils ont ce mérite de faire venir des foules conséquentes.
    Et puis, le restant de l’année, là où ils se trouvent, les connaissant , ils continuent de célébrer le novus ordo de manière très digne.
    Avec une épée de Damocles sur la tête, je vous le consent ! Et malheureusement ils sont encore trop peu nombreux pour la célébrer de cette manière.

  5. TD
    28 octobre 2026 à 20h00

    Non les cardinaux Ottaviani et Bacci ne se sont pas opposés aux dérives de la nouvelle messe mais au nouveau rite lui-même qui est imprégné de protestantisme. N’oubliez que Bugnini créateur de la nouvelle messe était franc maçon et il a reconnu que le but de la réforme liturgique était de supprimer tout ce qui gênait les protestants.

  6. LAPEZE-CHARLIER Antoine
    28 octobre 2026 à 21h04

    Monsieur TD qui ne veut pas se dévoiler, je n’ai pas la prétention de vous faire changer d’avis et par pure charité chrétienne, je respecte vos convictions.
    Par contre, respectez la mienne qui voit quelques lueurs d’espérance dans les nouvelles générations montantes, que ce soit au niveau des nouvelles vocations sacerdotales ou aussi par exemple, ces quelques 80 000 jeunes qui ont assisté et écouté le Pape à la veillée au stade de France il y a quelques semaines.
    Je suis de la génération Jean-Paul II, et donc, j’avais 17 ans quand le Saint-Père JP II est venu à Paris en 1980, Je me souviens notamment de la soirée au Parc des Princes très désolante et qui n’avait pas eu du tout la même tonalité et la même qualité que celle du stade de France.

    46 ans après, j’ai le sentiment qu’une nouvelle époque est entrain de naitre avec des jeunes catholiques qui en un soir, ont marqué l’église par leur unité, Car toutes les tendances de jeunes cathos étaient représentés y compris des jeunes venant de la Fraternité St Pie X dépassant et surprenant la majeure partie des évêques de France présents.
    Alors effectivement, le rite liturgique compte. J’assiste personnellement tous les dimanches à la messe Vetus-Ordo et j’ai une préférence pour celle-ci.
    Mais permettez moi de penser que l’on peut dépasser tout ça et travailler ensemble dans le sens d’une unité nécessaire plutôt que tomber dans la polémique inutile qui ne sert pas l’église.

  7. TD
    28 octobre 2026 à 21h20

    Il ne s’agit pas ni de conviction ni d’avis ni de préférence. Il s’agit de la foi catholique. Au cours du voyage pontifical le pape a parlé de dignité humaine, a fait une rencontre inter religieuse à Metz et prononcé un discours maçonnique à l’Unesco. Il vient de fêter les 40 ans d’Assise. La révolution continue.

  8. LAPEZE-CHARLIER Antoine
    29 octobre 2026 à 7h37

    Monsieur TD,
    Pensez ce que vous voulez, mais je trouve que le voyage du Pape en France, est un élan missionnaire important pour tous les jeunes cathos de France qui dépassent toutes ces querelles de plus de 60 ans!
    Beaucoup de ces jeunes, n’en ont rien à faire des débats d’un autre temps!
    Prions plutôt pour que Notre Dame de la Ste Espérance nous convertisse tous…

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