Connu pour son modernisme et sa haine de la messe et de la liturgie traditionnelles, le liturgiste italien Andrea Grillo, considéré comme un des inspirateurs des persécutions contre les fidèles de la messe tridentine liées à Traditionis Custodes, a accusé Mgr Cordileone, archevêque de San Francisco, « d’interprétation schismatique de l’unité » après que celui ci ait affirmé qu’il y avait plus d’unité sous le motu proprio Summorum Pontificum que depuis Traditionis Custodes.
Dans un article sur son blog, publié le 12 octobre dernier, Andrea Grillo se livre à un long réquisitoire : « le plus incroyable dans l’intervention de Cordileone est sa tentative de faire passer l’anti-concile qu’il prône – c’est-à-dire la résistance viscérale à la réforme liturgique – pour l’appel à la miséricorde lancé par le « bon pape » au début de son discours d’ouverture. Utiliser les mots d’un discours majeur hors de leur contexte n’est pas un gage de rigueur.
Mais examinons de manière critique un par un les arguments utilisés par l’archevêque.
a) L’interprétation concernant les jeunes catholiques est un cliché du discours traditionaliste qui surprend toujours. Les jeunes, dit l’archevêque, veulent le rite ancien. Je crois qu’il s’agit de jeunes traditionalistes, et non pas simplement de jeunes. Certes, cela exige une évaluation très honnête de la sécularisation en tant que phénomène présentant ses propres aspects troublants. Cela concerne également la réforme liturgique, dans la mesure où celle-ci a cédé à la tentation de simplifier le rapport au culte. Mais il est clair que le problème des jeunes existait déjà à l’époque de Guardini, et même avant celle de Rosmini. Attribuer le « renouveau » de la fréquentation des rites chrétiens à la contradiction de la réforme liturgique est mensonger et malhonnête. C’est confondre cause et effet et se bercer d’illusions. Il est grave qu’un archevêque utilise son autorité pour cautionner une chose qui, exagérée, sonne faux.
b) Bien plus grave est la liste des déclarations concernant la relation entre Summorum Pontificum et Traditionis Custodes. Il est surprenant que de telles affirmations erronées aient pu être proférées par un membre de la Signature apostolique. Mais il est intéressant de voir comment Cordileone développe, dans son discours, l’affirmation paradoxale : « Il y avait une plus grande unité avec Summorum Pontificum qu’avec Traditionis Custodes. » Il est utile de comprendre comment Cordileone conçoit cette prétendue « unité ». Cela ressort clairement de sa reconstruction de l’histoire post-conciliaire. Cette reconstruction, en fait, trahit une interprétation profondément traditionaliste, empruntée précisément à Marcel Lefebvre. Cordileone, en effet, divise l’histoire post-conciliaire en quatre phases :
- les premières décennies de la période post-conciliaire, qu’il identifie aux guerres liturgiques
- une première « pacification » avec les grâces accordées sous Jean-Paul II
- la « pacification » avec Summorum Pontificum de Benoît XVI
- le retour à la guerre, d’après Traditionis Custodes de François
Cette reconstruction falsifie l’histoire, qu’il faut reconstruire non seulement différemment, mais à l’envers :
- Les premières décennies de l’après-Concile appliquent la réforme liturgique, en tant que réforme de l’Église.
- La résistance de Lefebvre commence à faire consensus au sein de l’Église, qui, depuis 1984, accorde des « pardons » aux communautés qui résistent à la réforme liturgique.
- Avec Summorum Pontificum, le projet de Lefebvre fut adopté comme règle de l’Église : chaque communauté et chaque prêtre pouvait choisir d’adhérer ou non au Concile. Le point culminant de la division se situa entre 2007 et 2021.
- Avec Traditionis Custodes, le principe d’unité, perdu pendant 14 ans, est rétabli.
La reconstruction singulière de Cordileone, en réalité, s’identifie à une lecture traditionaliste du catholicisme et qualifie d’« unité » une condition schismatique de division. Il s’agit, en effet, d’une interprétation schismatique de l’unité.
c) Présenter le dialogue avec les lefebvristes comme une voie nécessaire est la conclusion inévitable d’un raisonnement erroné. La seule issue à cette logique schismatique est d’établir que la communion catholique possède une seule lex orandi , à savoir le Novus Ordo de chaque rite liturgique, tel qu’établi par traditionis custodes , qui restaure le mode normal de siècles de tradition. Il n’est pas surprenant que Cordileone ne comprenne pas cette logique élémentaire : seule l’unité sur la voie ouverte par les novi ordines permet la préservation de toute la diversité, au sein d’un rite « ouvert » et « flexible ». Penser que l’unité résulte d’un « service » rituel entre des rites contradictoires semble une solution irresponsable, qui garantit une communion fausse, artificielle et illusoire.
Et Andrea Grillo termine par une condamnation empruntée à Saint-Just et au Comité du Salut Public : « comment il est possible, en 2026, d’avoir à la tête d’un vaste archidiocèse américain, et membre d’une instance vaticane telle que la Signature apostolique, un archevêque qui, sans s’en rendre compte, alimente les divisions avec un sourire. Faire passer le mal pour le bien n’est jamais un signe de prophétie. Aucune autorité ne peut dissimuler cette contradiction entre ceux qui proclament l’unité et qui, par leurs actes, soutiennent et attisent la division« .
Quand Andrea Grillo n’hésite pas à donner dans l’hérésie
En juin 2025, Andrea Grillo, toujours sur son blog, s’en prenait à Carlo Acutis, dont la canonisation était imminente. En lui reprochant principalement… d’être un bon chrétien.
« Dès le début de son billet, il part complètement en vrille, reprochant au jeune homme bientôt saint son intérêt pour les miracles eucharistiques – qu’il a compilé sur un site internet traduit en plusieurs langues et dont il a préparé une exposition qui en présente plus de cent.
Surtout, Andrea Grillo lui reproche de faire peu de cas des errements depuis le Concile et surtout des siens propres : « Comment est-il possible qu’un jeune bienheureux puisse communiquer une théologie eucharistique aussi ancienne, aussi lourde, obsessionnelle, concentrée sur l’inessentiel et si négligée par rapport aux choses décisives ? Comment est-il possible que tous les progrès réalisés par l’Église au cours des 70 dernières années, en termes de compréhension de la valeur ecclésiale de l’Eucharistie et de sa célébration, aient été communiqués d’une manière si déformée au jeune communicateur ardent, au point de lui suggérer une compréhension si lacunaire, si défectueuse, si unilatérale ? Qui l’a poussé à s’intéresser aux « miracles », en négligeant le vrai miracle ? », écrivait alors Paix Liturgique au sujet de son billet complètement lunaire.
D’autant qu’il reproche à Carlo Acutis ses dévotions, ses prières, son assistance régulière à la messe, son intérêt pour les miracles eucharistiques, l’Adoration et l’Histoire de l’Eglise. « Carlo Acutis est effectivement le modèle du bon chrétien, un modèle de vie pour les jeunes et cela hérisse Andrea Grillo. Carlo Acutis ne s’est pas répandu en développements haineux et abscons, il a édifié par ses actions, assisté à la messe tous les jours, adoré, prié pour ses prochains et les âmes du Purgatoire, récité le chapelet, aidé, été charitable, et un modèle de Bonne Mort – en s’inscrivant dans la Tradition et l’Histoire de l’Eglise, comme tant de saints et de bienheureux avant lui. Il entrera dans l’Histoire, avec sa foi simple, accessible à tous, et qu’il a voulu rendre encore plus accessible en utilisant l’informatique. Et Andrea Grillo, ça le desespère. Lui qui ne laissera qu’une montagne de papier derrière lui« , relevait encore Paix Liturgique.
Au passage, bille en tête, Andrea Grillo se mettait en tête… de remettre en cause les miracles eucharistiques : « « il n’est guère surprenant qu’une culture des miracles eucharistiques, qui oublie le seul « miracle », soit liée à une lecture minimale, sèche et dépassée de la consécration et de la célébration eucharistique » ; Andrea Grillo continue, en accusant les auteurs des préfaces de l’exposition des Miracles eucharistiques compilée par Carlo Acutis d’être des « faux docteurs qui l’ont entouré de son vivant et qui, après sa mort, veulent projeter sur lui leur mauvaise théologie comme exemple . L’impolitesse eucharistique n’est pas le problème du jeune Carlo, dont la courte vie porte encore en elle une lueur d’espoir. Le problème ne concerne pas l’adolescent, mais les adultes qui lui mettent ces mots, ces images, ces reconstructions, ces intérêts déséquilibrés et malsains dans la bouche. C’est une impolitesse eucharistique qui n’a pas honte d’écrire des préfaces, des présentations et des introductions qui semblent, oui, écrites par des adolescents sans aucune formation théologique sur le « véritable » et « unique » miracle eucharistique de la communion ecclésiale. Sur cet aspect, qui justifie véritablement la centralité de l’Eucharistie dans la vie des chrétiens, aucun des trois auteurs n’a consacré une seule ligne. Mais que dis-je, un seul mot, si ce n’est par erreur, en citant le catéchisme, mais presque distraitement. Le véritable cœur de l’Eucharistie, l’unité entre le corps sacramentel et le corps ecclésial, est effacé et oublié. Cette forme grave d’impolitesse eucharistique devrait-elle devenir, à travers Carlo, qui en fut la première victime, un modèle à proposer à tous les jeunes ?
Bien que publiquement démenti par le collège Saint Anselme dont il fait partie – et est même un des visages les plus connus, Andrea Grillo n’en a pas démordu, et s’est attaqué quinze jours plus tard à la fête Dieu, juste après celle qui était présidée dans les rues de Rome par Léon XIV lui-même : « ainsi décide-t-il que la procession du Corpus Domini, que les braves et ignorants fidèles aiment tant, n’est un « doublet » – un mot que l’on doit au liturgiste Jungmann, et qu’affectionnaient les réformateurs qui ont par exemple supprimé l’offertoire parce qu’il était un « doublet » du canon – « doublet » incohérent quant à la nature même de la célébration eucharistique et son évolution théologique radieuse« , tente d’expliquer Paix Liturgique.
De fait, dans son article, Grillo se lance dans une série d’explications historiques qu’il n’a pas dû relire et qui du coup ne sont pas très claires. Mais il en ressort qu’il tient à la thèse des réformateurs des années 70 : sauf exception (par exemple, des vêpres suivies d’un salut du Saint-Sacrement), la célébration de la présence eucharistique ne doit pas être séparée de la messe s’achevant avec la communion. Il est selon lui anti-liturgique de faire une bénédiction eucharistique ou une procession avec le saint Sacrement juste après avoir communié à la messe : « Si la célébration eucharistique vient de se terminer et que nous nous tournons vers le Saint-Sacrement pour une bénédiction eucharistique, nous créons un « doublet », certes mineur, qui témoigne de l’ignorance de ce qui vient de se passer. La même chose, mutatis mutandis , doit être observée pour la fête du Corpus Domini » [Fête Dieu].
Et dans un commentaire sur Missa in Latino, « un lecteur de s’interroger après les attaques de Grillo contre la spiritualité de Carlo Acutis – notamment le fait qu’il disait son chapelet tous les jours – et cette nouvelle sortie contre la Fête-Dieu : « En s’attaquant aux processions de la Fête-Dieu, à l’adoration eucharistique et au rosaire, Grillo se met en conflit, et donc en rupture de communion, avec les fidèles qui accomplissent ces actes sacrés. Grillo rompt la communion avec les croyants qui la constituent. L’Église est formée par les baptisés et réalisée dans et par la Très Sainte Eucharistie, le Catéchisme le dit aussi. Grillo enseigne que l’adoration eucharistique serait un abus. Il oublie que la Présence Réelle peut être aimée et adorée, ce qui est légal depuis des siècles. Pourquoi tant de haine, presque de fureur ? »
Qui attise la division, tout en proclamant l’unité ?
Qui accuse ses contradicteurs de pécher contre l’unité, tout en as’attaquant avec haine contre tout ce qu’il ne peut pas contrecarrer ? – c’est un fait indéniable que l’influence d’Andrea Grillo à Rome baisse. Même son camp est las de ses excès à répétition.
Et pour lui retourner sa question, comment se fait-il qu’un théologien qui donne autant dans l’hérésie, sous couvert de défendre contre le bon sens même les dérives les plus modernistes, puisse toujours enseigner la théologie sacrementaire dans un des instituts religieux les plus connus de Rome, sinon du monde chrétien ?
Comme il le reconnaît lui-même, « un examen de conscience face à ce paradoxe embarrassant est devenu urgent pour toute l’Église catholique« , ses publications « ont le mérite de le mettre en lumière publiquement et ouvertement« .

Grillon est ouvertement hérétique c’est incontestable. Mais malheureusement Summorum Pontificum était un texte qui avait beaucoup de faiblesses. Summorum Pontificum mettait à égalité les 2 rites et pour ne pas déplaire aux partisans des réformes les avaient nommés « ordinaire » et « extraordinaire ». Ce texte mettait en avant les qualités des réformes et disait bien que les prêtres ne devaient pas refuser le nouveau rite. Évidemment tout ceci était diplomatique pour faire avaler la pilule aux tenants de la nouvelle messe qui craignaient une remise en cause des réformes. Et c’est la raison pour laquelle Summorum Pontificum qui était un texte bancal n’a tenu que 14 ans avant d’être abrogé.
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Le discours de Grillo est formidable: il montre clairement que Vatican II donne naissance a une nouvelle secte chrétienne, voire a une nouvelle religion post- chrétienne pour ainsi dire…
« la communion catholique possède une seule lex orandi , à savoir le Novus Ordo« … tout est dit… comme Lex orandi est Lex Credendi, Grillo refuse en bloc tout l’enseignement doctrinal qui précède le
Vatican II… tout est logique…
Grillo souffre aussi du « complexe romain ». L’Italie et Rome géographique sont très en retard sur la nouvelle dynamique de l’Eglise… Grillo a une mentalité dépassée et périphérique…
Il va de soit que près de trois quarts de ceux qui vont a la messe de toujours ne sont pas issus des milieux traditionalistes. Il y a par exemple beaucoup de jeunes des familles de Kikos (Chemin Neocat) qui, ayant reçu une certaine education morale et doctrinale, ne se retrouvent pas dans les cérémonie bizarres et ultraprotestantes de Kiko… et ceux aussi bien en France qu’ailleurs…
Mais, encore une fois, ce type de propos est une formidable admonition a tous ceux qui parlent de l’herméneutique de continuité… et ne veulent pas voir la rupture radicale que représente Vatican II et la reforme…
L’unité de l’Eglise est foncièrement mystique et expressément doctrinale, l’unité institutionnelle ne peut pas primer sur les aspects doctrinaux… car la Vérité est la substance de l’Unité de l’Eglise et pas l’inverse…