Lu dans la lettre des Veilleurs de Paris, au sujet de la catéchèse du Pape Léon XIV le 26 août dernier au sujet des raisons de la réforme liturgique de Vatican II – qui visiblement paraît tellement être bien installée et acceptée par tous qu’elle doit être justifiée point par point soixante ans après la réforme, mais passons :
J’ai déjà eu l’occasion de dire qu’elle apparaissait « décalée », comme si elle était prononcée à l’époque fraîche et joyeuse de la réforme, dans les toutes premières années de sa mise en œuvre, alors que ses promoteurs, Paul VI, spécialement, vantaient de manière dithyrambique les avantages qu’elle apporterait au peuple chrétien. Lequel en fait commençait à déserter les célébrations banalisées qu’on lui servait. La déconvenue de Paul VI fut d’ailleurs rapide, dont fut victime Annibale Bugnini, l’artisan de cette réforme, qui au lieu de recevoir la pourpre romaine fut exilé en 1975 dans une petite ambassade (Téhéran), non que le pape ait cru aux rumeurs concernant son affiliation à la franc-maçonnerie, mais parce que sa merveilleuse réforme s’avérait être un flop.
La catéchèse du 26 août de Léon XIV est en fait très défensive. Il y insiste sur le fait que la réforme était « traditionnelle », parce que le fait de réformer la liturgie serait traditionnel, et que celle-là aurait permis de retrouver le trésor de la tradition. Bref, rien de plus traditionnel que le plus grand chambardement que n’ait jamais connu le culte divin.
Sur le fond, dit toujours Léon XIV, la réforme a voulu retrouver sa « fonction didactique » (il cite le cardinal Montini, archevêque de Milan). Elle doit donc soigner son intelligibilité immédiate et exciter la réceptivité des assistants, leur participation. Ce que le pape ne dit pas, c’est que cette fonction pédagogique devait répondre, selon les réformateurs, au principe d’adaptation à notre époque (à la leur, celle des années 60 et 70 du siècle dernier). D’où l’abandon de la langue sacrée au profit du vernaculaire dans sa version la plus banale possible ; d’où l’adoption de gestes d’aujourd’hui (le serrement de mains plutôt que le baiser liturgique) ; le rapprochement maximal des choses saintes (célébration face au peuple, communion dans la main) ; le congédiement du ritualisme (chaque prêtre construit sa célébration, style, paroles, gestes, comme un maître de maison recevant ses invités) ; et d’où surtout le gommage dans les actes, textes, symboles, des doctrines qui offusquent la sensibilité contemporaine (transsubstantiation, hiérarchie ecclésiastique, masculinité des ministères, sacrifice rédempteur).
Avec des effets contraires imprévus. Pour prendre un exemple : paradoxalement, dans la liturgie réformée, la distinction entre le prêtre et les laïcs, affaiblie en théorie, est en réalité plus grande du point de vue de la visibilité théâtrale. Les formes cultuelles traditionnelles fondaient en effet tous les intervenants dans un même ensemble ordonné. Au contraire la part importante des libres interventions du célébrant laissent une place considérable à son jeu personnel. Sa présence, dans un acte cultuel, un peu semblable à celle d’un acteur interprétant un texte, est beaucoup plus marquée que dans la forme traditionnelle. L’officiant est certes moins hiérarque, mais il est beaucoup plus animateur extrêmement présent.
Mais plutôt que de critiquer le nouveau, je voudrais souligner les qualités de l’ancien précisément dans ce que la réforme prétendait instaurer : l’aspect profondément didactique de la liturgie traditionnelle et son intense incitation à la participation.
La lex orandi traditionnelle est un perpétuel enseignement théologique. Lorsque que le Concile de Trente voulait expliciter ce qu’était la présence réelle et le sacrifice eucharistique, il s’appuyait tout naturellement sur la messe romaine. Le mystère y est à la fois rapproché sensiblement et éloigné transcendentalement par le symbolisme d’adoration, de monstration mystérieuse, de silence sacré de l’offertoire et du canon semblable à la fermeture de des portes et du rideau de l’iconostase dans le rite byzantin.
Quant à la participation active, l’actuosa participatio, saint Pie X et Pie XII, entre autres papes d’avant Vatican II, se soient largement consacrés à la promouvoir (saint Pie X pour les messes chantées, Pie XII pour les messes basses ou « lues » paroissiales ou de communautés), l’un et l’autre rappelant qu’importe d’abord la participation du cœur d’où la participation externe et rituelle doit procéder.
Car, comme le rappelait Joseph Ratzinger dans L’esprit de la liturgie (Ad Solem, 2001) : lors de la réforme de Paul VI « le terme participatio actuosa a très vite été pris dans le sens extérieur et superficiel d’une activité nécessaire, généralisée, comme s’il fallait que le plus grand nombre de personnes, et le plus souvent possible, soient manifestement actives ». Or, poursuivait-il, « la véritable action liturgique, l’acte liturgique par excellence est l’oratio ». Le silence du canon portant à la contemplation, est la participation la plus élevée.
Les célébrations traditionnelles chantées ne reproduisent-elles pas ces « nefs qui chantent », jadis caractéristiques des régions de chrétienté, où tout un peuple paroissial chantait à pleine voix la messe royale de Du Mont ou les vêpres du dimanche. Les messes basses, dans les lieux de culte traditionnels, où l’on voit même les enfants « participer au sacrifice eucharistique, et cela, non d’une manière passive et négligente et en pensant à autre chose, mais avec une attention et une ferveur qui les unissent étroitement au Souverain Prêtre » (Pie XII, Mediator Dei), ne sont-elles pas des modèles d’actuosa participatio.
C’est cette liturgie véritablement participante que nous défendons dans nos veilles parisiennes, avec nos chapelets récités 10 rue du Cloître-Notre-Dame, du lundi au vendredi, de 13h à 13h 30, à Saint-Georges de La Villette, 114 avenue Simon Bolivar, dans le XIXe, le mercredi et le vendredi à 17h, devant Notre-Dame du Travail, dans le XIVe, le dimanche à 18h 15 pèse plus que jamais.

Merci infiniment pour republier cet article!!!
« Au contraire la part importante des libres interventions du célébrant laissent une place considérable à son jeu personnel. Sa présence, dans un acte cultuel, un peu semblable à celle d’un acteur interprétant un texte, est beaucoup plus marquée que dans la forme traditionnelle. L’officiant est certes moins hiérarque, mais il est beaucoup plus animateur extrêmement présent.«
Je trouve ce passage absolument crucial, vous résumer tout le problème visible et apparent de la nouvelle messe (les offertoires etc sont moins visible au debut)…
Je n’arrive plus a aller a la nouvelle messe car elle est remplie de curé… remplie de servantes de messe… remplie de bonne femme de 75 ans faisant des lectures… remplie des « prières universelles »… et Dieu fait Homme y est presque invisible…
Bravo pour la petite citation de Pie XII sur les petits enfants… Mes enfants (ado et pre ado) sont encore plus radicaux : ils invoquent systématiquement la liberté de conscience si la seule option est la nouvelle messe, ils ne discutent jamais de fait d’aller a la messe traditionnelle… elle leur apporte toujours quelque chose disent-ils…
Ce n’est pas une rumeur : Bugnini était bien franc maçon ce qui explique sa haine contre la vraie messe et sa rage à la détruire. Bugnini fut exilé à Téhéran en 1975 et était toujours en poste au moment de la sanglante revolution islamique de 1979. Le démolisseur de la messe assistait au triomphe de l’islam. On peut le voir à genoux devant Khomeini nouvel homme fort du régime lisant un message de compliment de Jean Paul II. Jusqu’au bout Bugnini a été le serviteur de Satan. Enfin Paul VI voulait imposer sa révolution liturgique par la force puisque en 1976 (Bugnini était déjà en exil) il affirmait au consistoire que la nouvelle messe était obligatoire et la messe traditionnelle interdite