Après la profanation de quatre églises en juillet dans le diocèse de Tours, c’est l’église Saint-Joseph de la Rabière, à Joué les Tours, où le tabernacle a été forcé le 20 août dernier; dans l’église de Monts, les portes de la sacristie ont été forcées et les objets précieux rassemblés pour être emportés, mais les voleurs ont probablement été dérangés. Mgr Jordy a présidé la cérémonie de réparation du 25 août dernier, le diocèse met en ligne son homélie :
Nous sommes réunis ce soir, en cette église Saint-Joseph de Joué les Tours pour une célébration que nous n’aurions jamais souhaité vivre. Une célébration de réparation après la profanation de cette église, de ce lieu de culte.
En fait, comme vous le savez certainement, cette profanation – et plus largement cette série d’actes irrespectueux à l’égard de lieux de cultes catholiques a commencé il y a quelques semaines. Avant l’église Saint-Joseph, les églises de Luynes, Chambray-lès-Tours, Sainte-Jeanne-d’Arc de Tours, Montjoyeux avaient aussi été forcées, et des objets de culte volés. Certains heureusement, comme à Chambray-lès-Tours, ont déjà été retrouvés grâce aux services de police et de gendarmerie que nous tenons à remercier. Mais nous avons appris juste avant le début de cette célébration que l’église de Monts, elle aussi, a été touchée ; les deux portes de la sacristie défoncées et les objets rassemblés pour être emportés.
1/ Ces profanations d’églises, ces actes de vandalisme choquent bien entendu les membres de la communauté catholique. Quand l’église d’une paroisse est ainsi la cible d’une agression, d’actes malveillants, c’est la communauté des croyants qui est affectée, blessée.
On veut porter atteinte à quelque chose d’essentielle pour eux, leur relation avec Dieu, leur manière de célébrer ensemble. Mais ces actes touchent plus largement, au-delà des croyants, ceux et celles qui ont un lien avec leur église de village ou de quartier parce qu’ils viennent parfois s’y recueillir et prier, parce qu’ils y ont des souvenirs, des liens de famille. Une église fait partie d’un patrimoine commun que l’on soit croyant ou pas. Elle évoque un lieu à part, sacré, lieu de silence, de repos, de paix. C’est pourquoi les agressions qui visent ces bâtiments marquent autant.
2/ Bien entendu, après de tels faits, les questions ne manquent pas, et particulièrement celles du motif de tels gestes, de tels comportements.
Pourquoi s’attaquer à un lieu de culte, quel qu’il soit ? Pourquoi s’acharner à détruire des portes, mais aussi ce qui nous tient le plus à cœur, pour nous catholiques, les réserves eucharistiques, les tabernacles, lieu de la présence du Seigneur dans nos églises ?
Dans certains cas, nous le savons bien, ces actes sont le fruit de personnes, tout simplement déséquilibrées ou malades, qui mesurent à peine ce qu’elles font. Cela arrive.
Dans d’autres situations, comme à Chambray-lès-Tours, l’objectif semble avoir été clairement, le vol d’objets du culte, des ciboires, des portes croix, des croix de procession, et la tentative de revendre ces objets.
Mais dans certains lieux comme ici, à Saint-Joseph, l’objectif semble bien plus de viser la foi des fidèles, ce qu’ils croient, ce à quoi ils sont attachés. Avec un ciboire sorti du tabernacle, des hosties répandues au sol en signe de mépris, un acte que nous qualifierons de sacrilège. C’est le cœur de la foi des catholiques qui est atteinte, blessée. C’est Dieu Lui-même qui est offensé ici, c’est parfois malheureusement un rejet – voire dans certains cas plus radicaux, une haine du religieux qui peut s’exprimer à travers ces gestes parce que des gens ne nous aiment pas, parce que des gens ne veulent pas nous aimer.
3/ C’est la raison pour laquelle nous avons besoin d’écouter la Parole de Dieu de ce jour qui vient nous éclairer et nous apaiser.
Nous avons entendu un passage fort de l’évangile selon saint Matthieu où Jésus rappelle d’abord l’essentiel de ce qui fait une vie de croyant authentique. Non pas l’attention d’abord à ce qui est extérieur, les coupes, les objets du culte, mais l’attitude du cœur, l’attitude intérieure.
Il est certain que la vie du croyant n’est pas d’abord liée au lieu ou à des rites, ou aux objets du culte, mais le même Jésus, lorsqu’Il chassera les vendeurs du Temple, le fera parce que la maison de son Père – comme Il dira – qui est un lieu de prière a été transformée en une maison de trafics. Ainsi les lieux de prière ne sont pas premiers dans le culte, mais, en même temps, ils sont importants et nécessaires.
C’est pourquoi notre Eglise a toujours bâti des lieux de culte depuis les plus humbles chapelles romanes de campagne jusqu’aux plus splendides cathédrales gothiques ou à des églises plus contemporaines dans nos quartiers comme Saint-Joseph ici. L’homme est un être sociable, il a besoin de se rassembler avec d’autres pour prier, échanger, construire des liens et une société pacifique.
C’est pourquoi dans notre seconde lecture, l’apôtre saint Paul peut demander aux fidèles qui sont dans une situation de persécution où ils sont tentés par l’apostasie ou un retour imminent du Christ, saint Paul, lui, peut demander aux fidèles de ne pas perdre la tête, de ne pas se laisser égarer justement pour qu’ils restent rassembler autour du Christ.
Il le dit : « nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de Lui » – rappelons-nous que le terme « rassemblement » est à la source du mot « ecclesia », église en grec ; ???????? (sunag?g?), la synagogue en grec qui donne « beit haknesset », maison de l’assemblée en hébreu, et puis le terme à l’origine aussi du mot mosquée, qui est aussi le lieu de rassemblement.
Oui, Paul peut ainsi inviter les croyants à tenir ferme les traditions reçues. Et il peut conclure que Dieu qui a toujours donné son confort « réconforte nos cœurs » dit-il et « les affermisse en tout ce que nous pouvons faire de bien, en tout ce que nous pouvons dire de bien ». En d’autres termes quand la communauté vit un moment difficile, la tentation est l’agitation alors. La tentation est la rupture. Au contraire, et parce que Dieu nous réconforte, nous avons à rester fidèles car Dieu nous réconforte pour faire et dire encore plus de biens dans nos vies. Au mal qui est fait, répondons par le bien sans candeur, sans naïveté mais avec le réalisme que donne l’Evangile. Le réalisme véritable qui est de répondre au mal par le bien, au mépris par la prière.
Chers amis, frères et sœurs, ne nous décourageons pas de faire le bien et de dire du bien malgré ces moments difficiles. Faisons confiance aussi à la justice de notre pays et prions pour garder un cœur libre et un cœur en paix, un cœur qui nous donne de nous réconforter les uns les autres en vue de vivre toujours plus profondément le réconfort que nous donne le Père par Jésus son Fils.

Laisser un commentaire