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Sens Auxerre : Mgr Wintzer résume ses visites pastorales

Par Rédaction de Catholix — 3 août 2026

Il est rare qu’un évêque résume – de plus avec concision et en nommant clairement les problèmes – ses visites pastorales dans les paroisses. Au mieux, les fidèles ont le droit à quelques photos avec des légendes en langue de buis, ou en novlangue ecclésiastique, au pire, à rien du tout.

Sur le site du diocèse de Sens Auxerre, Mgr Wintzer a publié ses comptes-rendus de visite :

Paroisse Sainte-Marie en Gâtinais

Cette visite pastorale est la première que j’effectue dans le diocèse, et dans une paroisse qui n’a pas gardé mémoire de la dernière visite pastorale ; mes prédécesseurs immédiats n’en ont pas effectué.
Je viens dans une paroisse ébranlée par la mise en cause de deux de ses anciens prêtres, reconnus coupables de faits de violence à l’encontre de mineurs [dont l’abbé Tribut, qui a créé cette paroisse issue du regroupement des anciennes paroisses de Chéroy, Saint-Valérien et Egriselles le Bocage] . La révélation des faits, pour l’un de ces prêtres, est survenue quelques semaines avant ma visite.
La paroisse a aussi été marquée par des curés qui y sont restés plusieurs dizaines d’années, dotés de fortes personnalités.
Même si l’évêque ne fait que passer, s’il n’est pas impliqué comme le sont les paroissiens, il est du devoir du responsable d’être présent lui-même auprès de ceux qui vivent une épreuve. Certes, l’évêque ne dispose d’aucun pouvoir magique, il ne peut changer ce qui a été ; à tout le moins, il peut apporter un peu de soutien et de réconfort. Je suis aussi le témoin de l’ancrage des uns et des autres dans la force de l’Evangile ; même lorsque certains de ceux qui le servent ont commis des actes qui ne devraient pas être, la foi, le Seigneur, ont aidé à demeurer fidèles comme le Seigneur nous est fidèle.

La paroisse est constituée de dix-huit communes, avec chacune une église. Ces communes constituaient, avant l’actuelle paroisse, trois paroisses.
Les deux communes principales sont Chéroy et Saint-Valérien, de population égale, à huit kilomètres de distance l’une de l’autre, mais qui portent encore des années où ces deux paroisses se sont vécues comme antagonistes ; ceci est également vérifié au plan communal. On peut souligner qu’il est facile de s’entendre avec ceux qui nous sont très loin ; c’est toujours avec ses proches, voire son semblable que l’accord est plus compliqué.
Plusieurs fois il m’a été dit qu’il fallait respecter l’originalité de chacun de ces deux lieux. Cependant, si les catholiques ne sont pas capables de se montrer de l’estime… on manque à la mission, et on peut comprendre que ceux qui ne partagent pas cet impératif évangélique aient du mal à vivre l’entente.

La paroisse est voisine des deux départements de la Seine-et-Marne et du Loiret d’où viennent certains paroissiens ; elle est à égale distance de Sens, Nemours et Montereau.
Une partie notable de la population travaille en Île de France. Ceci explique l’arrivée d’une population plus jeune – le Nord de l’Yonne est la seule partie du département à gagner de la population – en partie d’origine étrangère, musulmane. Les maires sont attentifs aux enjeux de l’intégration entre les populations diverses. J’ai noté, comme ailleurs dans le diocèse, qu’il n’y avait pas de liens ordinaires entre les diverses religions.

Paroisse Saint-Pierre en Champagne sénonaise

C’est ma deuxième visite pastorale, fin novembre 2025, dans la partie rurale du Sénonais, aux limites de la Seine-et-Marne et, ici, de l’Aube.
La paroisse souffre d’un manque de conduite, de direction, depuis plusieurs années. A la différence de Sainte-Marie, ici, des prêtres se sont succédé sans demeurer très longtemps. Même si les gens se disent essoufflés, pour la vie paroissiale, ils tiennent bon, ils aiment leurs villages, leur paroisse, ils s’y donnent.
La paroisse rassemble les deux anciennes paroisses de Sergines et de Thorigny-sur-Oreuse, qui demeurent sans trop de relations entre elles. Beaucoup d’activités sont dédoublées entre ces deux pôles (catéchèse, équipes obsèques, archives). De même pour l’immobilier : des salles et presbytère à Thorigny, et l’achat récent d’une maison à Sergines.
La paroisse est constituée de villages dispersés, assez peu peuplés, sans véritable lieu centre… sinon Sens qui attire nombre de personnes, d’abord pour le travail, et aussi des paroissiens.
La couronne de Sens existe en fonction de la ville : n’avoir aucune pastorale concertée, envisager les paroisses comme un en-soi, ne prend pas en compte ce réel. Sans envisager la disparition des paroisses, ceci souligne la nécessité d’un rôle plus décisif du doyenné.

La question se pose de savoir si cette paroisse a les moyens de demeurer « paroisse ». Les personnes engagées sont peu nombreuses et risquent de s’épuiser. Le choix fait à la rentrée pastorale 2026 de nommer deux prêtres conjointement au service des paroisses Saint-Louis et Saint-Pierre a pour finalité de permettre de voir si des rapprochements sont possibles entre ces deux paroisses et s’ils peuvent être fructueux.
Il ne s’agit pas de décider les choses sur un coin de table mais de tenter une expérience et d’en tirer les leçons. Travailler en coopération avec d’autres peut permettre de recevoir des forces que l’on n’a pas, mais aussi de partager celles que l’on a.

Paroisse Sainte-Reine

Après le nord du diocèse, me voici à Auxerre et dans les communes du nord de sa périphérie. La paroisse Sainte-Reine est diverse dans ses populations, socialement et ethniquement ; elle a aussi des histoires spécifiques dans chacun des lieux. L’enjeu est de conjuguer communion et diversité, dans les propositions pastorales comme dans la composition des équipes qui font vivre la paroisse. L’équilibre financier de la paroisse se fait en particulier grâce aux communes périphériques.
La paroisse est propriétaire de deux de ses églises. L’une d’entre elles, Sainte-Thérèse, est fermée depuis plusieurs années ; la paroisse a décidé de s’en séparer ; la Ville d’Auxerre a décidé de son achat pour en faire une Maison de quartier. On peut s’en réjouir.
Pour servir la communion, la paroisse s’est dotée d’un lieu principal, avec une église, une maison paroissiale : Sainte-Geneviève. Elle investit pour la bonne tenue de ces locaux. De plus, ce lieu se trouve à un carrefour routier et dispose de places de stationnement.

La paroisse est dotée d’une vraie vitalité ; elle compte nombre de groupes et d’équipes (prière, lecture de la Parole, engagement caritatif, etc.).
La majorité de sa population est de la ville d’Auxerre ; ceci appelle à développer de vraies collaborations avec les deux autres paroisses de cette ville, en particulier la paroisse Saint-Germain. Ceci a été décidé ces derniers mois : la pastorale des jeunes doit se vivre en commun, avec un ou une même responsable pastorale. Ceci est aussi motivé par le fait que l’établissement scolaire Saint-Joseph-La-Salle est situé sur le territoire de la paroisse Sainte-Reine, même s’il accueille des élèves de toute la ville et au-delà.
Ceci est l’occasion de souligner que les paroisses urbaines sont à comprendre différemment des paroisses en ruralité. La proximité n’y joue pas de la même manière ; l’élection de tel lieu compte pour certains ; et puis, des services qui rejoignent au-delà des paroisses y sont situés (santé, enseignement, commerce également). Ainsi, l’hôpital d’Auxerre est situé sur la paroisse. Depuis 2023, le Père Avit Barushywanubusa en est l’aumônier ; il redonne de la vitalité à cette aumônerie, dont j’enverrai les membres en mission quelques semaines après cette visite pastorale.

Paroisse Saint-Potentien

La paroisse a été érigée en 2023 ; elle compte quatorze communes et dix-huit églises et chapelles, toutes communales.
Il y a 4500 habitants, plutôt âgés ; des résidences secondaires.
De 2018 à 2026, les communes de la paroisse ont perdu 200 habitants.

Un point-fort est la desserte de plusieurs communes par la ligne de train Auxerre-Clamecy.
Le canal du Nivernais, s’il ne transporte plus de marchandises, exerce une belle attraction touristique, tourisme fluvial, mais aussi randonnée pédestre et à vélo.
Comme toujours, les propositions paroissiales doivent prendre en compte cela, la vie la plus concrète des personnes et ce qui caractérise les lieux de son implantation.

La paroisse est marquée par trois réalités : le Morvan, la Forterre et le Nivernais, avec des lieux d’attraction différents : Avallon, Clamecy et Auxerre.
Les activités sont l’agriculture, l’artisanat. Les carrières de pierre ont eu une place importante, en particulier pour la construction du Paris haussmannien ; elles ont fermé en 1940, rien n’y avait été mécanisé.
Aujourd’hui, il y a le projet d’ouvrir une carrière de carbonate de calcium (matière première pour la pharmacie).
Des entreprises ont su se diversifier, réorienter leur production, de manière à perpétuer une activité, ainsi la faïence qui s’est tournée vers la fabrication de fèves.

Paroisse du Christ-Roi

La paroisse est propriétaire de deux de ses églises, à Laroche et à Migennes ; on sait que ceci représente une charge financière importante pour une paroisse. Comme pour tout bâtiment, il faut veiller à des travaux d’entretien réguliers au risque de la dégradation des édifices et de charges encore plus importantes par la suite.
Migennes est le lieu principal de la paroisse, et joue ce rôle naturel.

La visite pastorale m’a donné de visiter chacune des églises. Je me suis demandé si cela était nécessaire, en particulier parce que cela prend du temps ; mais… ces visites ont été l’occasion d’une rencontre avec le maire ou des élus ; aussi de parler de travaux à effectuer.

En France, quand on parle des paroissiens, on donne le chiffre des habitants ; or, parmi ces habitants, il n’y a pas que des paroissiens, il y a les fidèles d’autres religions, les sans-religion… peut-être faut-il avoir conscience que les catholiques sont quelques-uns, quelques familles.
Dès lors, annoncer l’Evangile c’est à la fois nourrir ceux-là et témoigner pour tous ; ce n’est pas la même chose, et ce sont deux types d’engagements différents, mais qui doivent exister l’un et l’autre.
Pour les personnes qui animent la paroisse, il y a donc des degrés divers d’investissement. Il ne faut pas négliger les premiers, il faut nourrir leur foi, tout en assurant ce que l’on peut qualifier, faute de mieux, de « service public religieux ».
Être chrétien, c’est vivre et faire, et tendre à équilibrer ces deux attitudes, ces deux verbes : il n’y a pas que le « faire ».
Être chrétien, c’est une joie et c’est une charge ; mais, la joie ne doit pas disparaître sous le poids.

J’ai entendu, mais comme ailleurs, le constat d’un manque : il n’y a plus, ou pas, de rencontre ou de formation diocésaine dans certains domaines de la pastorale, j’ai noté la liturgie. Les EAP ne se voient plus proposer de rencontre ou de formation. Il faut travailler à y remédier.

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