La semaine dernière était celle du 14 juillet, où dans les flonflons des garden-partys macronistes a été célébrée la « liberté » acquise par la prise de la Bastille.
Nous qui luttons pour la liberté de la liturgie, affirmons que celle-ci n’a rien à voir avec celles-là. Il me semble très important de le souligner. Certains nous disent (notamment les sociologues du religieux, comme Danièle Hervieu-Léger) que les défenseurs de la liturgie traditionnelles sont en réalités eux aussi des « modernes », ennemis de l’autorité qu’ils vénèrent de bouche, mais qui ne font que ce qui leur plaît. Il n’en est rien. Il est vrai que cette tentation existe dans notre situation paradoxale, tant la modernité est envahissante. Pour ne pas y succomber, ou pour ne pas donner l’impression qu’on y succombe en produisant de ce fait du scandale, il importe d’avoir des idées claires et des principes fermes.
Il y a deux points à considérer :
– Celui de l’action concrète, où nous disons : puisque la réforme liturgique permet mille choses en dix mille variantes, pourquoi ne permettrait-elle pas aussi de célébrer selon la liturgie d’avant. Car nous sommes en quelque manière « occupés » liturgiquement, et pas seulement liturgiquement (voir la difficulté d’enseigner le catéchisme traditionnel). La liturgie nouvelle, défectueuse dans son expression du dogme, règne en maîtresse ; la liturgie tridentine, expression limpide de la foi catholique, est, au mieux, tolérée.
Or, il faut qu’elle vive. Si bien que notre situation est un peu semblable à celle qui fut celle des « réactionnaires » dans les décennies qui suivirent la Révolution : ils demandaient pour les principes qu’ils défendaient cette « liberté » que proclamait faussement les principes nouveaux. Autrement dit ils usaient de la partie bonne et noble de la liberté nouvelle pour servir la vérité. Nous aussi, puisque de fait nos pasteurs laissent tout faire, nous réclamons ce droit d’exister pour la liturgie tridentine. Il ne nous est d’ailleurs accordée que chichement, car il n’y a « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! » Mais ce faisant, et en prenant quelques risques dont nous sommes conscients (relativiser les droits de la vérité), nous mettons au moins en évidence pour les catholiques de bonne volonté le vrai visage de la novation liturgique, qui est celui de la persécution.
– L’autre point est celui des principes généraux. Il y a, en effet, deux acceptions du mot liberté, comme l’a notamment rappelé Léon XIII dans Immortale Dei (1885) et dans Libertas (1888) :
– La vraie liberté qui procède de Dieu, souverainement libre et qui ne peut que la déployer infailliblement dans le souverain bien qu’il est lui-même, sans possibilité de fauter. Au niveau de l’homme, cette liberté peut faillir, ce qui est clairement une imperfection, car la faculté de pécher n’est pas une liberté, mais une servitude. C’est pourquoi la loi, la loi humaine quand elle mérite ce nom en tant que mise en œuvre concrète de la loi naturelle, et la loi de l’Église, l’aide comme un pédagogue à faire raisonnablement, librement, le bien.
– Et, d’autre part, la fausse liberté moderne, objectivement diabolique, qui veut que chacun relève de lui seul, qu’il puisse en toute « liberté » penser et croire ce qu’il veut, et faire en fonction de cela ce qu’il lui plaît. La souveraineté de Dieu est remplacée par celle de l’homme, individuellement et socialement (la « volonté générale »).
Sans prétendre que le catholicisme libéral qui nous gouverne a intronisé purement et simplement le 14 juillet dans l’Église, il n’est pas douteux qu’il compose plus ou moins avec lui. De même que les doctrines à la mode aujourd’hui (œcuménisme, morale nouvelle, synodalité) rusent avec la norme dogmatique, de même la liturgie réformée est une liturgie plus faible dans son message et plus inventive et plus librement interprétable, qui en prend et en laisse avec le « rubricisme » protecteur de la foi qui est celui de la liturgie ancienne. La liturgie nouvelle est une liturgie plus « libre » que la liturgie ancienne et pas pour le meilleur.
Nous défendons au contraire la vraie liberté liturgique, qui relève de la liberté de l’Église. Nous disons qu’il n’est permis à personne d’empêcher l’Église de prêcher la vérité selon le Credo et qu’il n’est pas davantage permis de l’empêcher de rendre un culte à Dieu et de donner les sacrements de telle sorte que ce culte, lex orandi, soit l’expression sans tache de la lex credendi.
Ce n’est donc pas par goût esthétique, fût-il pieux, spirituel, mystique, que nous défendons les droits de la liturgie traditionnelle, mais tout simplement parce qu’elle exprime, sans affaiblissement ni complaisance vis-à-vis du monde, la messe comme sacrifice sacramentel, l’ordre comme mandat donné à des hommes de coopérer au sacrifice du Christ pour les vivants et pour les morts, le baptême comme libération des chaînes diaboliques du péché originel, etc.

Exactement si nous refusons la nouvelle messe c’est parce que c’est une messe oecuménique, inventée par un franc maçon (Bugnini) dans le but de plaire aux protestants.
La nouvelle messe « s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte Messe, telle qu’elle a été formulée à la XXe session du Concile de Trente, lequel, en fixant définitivement les « canons » du rite, éleva une barrière infranchissable contre toute hérésie qui pourrait porter atteinte à l’intégrité du Mystère. » (bref examen critique des cardinaux Ottaviani et Bacci).
C’est la messe moderne qui est dans le schisme puisqu’elle foule allègrement une liturgie millénaire, je dirais même mieux, elle est diabolique.
La nouvelle messe a aussi ouvert la voie aux dérives du Renouveau Charismatique.