Depuis ce lundi 28 septembre, le cardinal Zuppi est en mission à Moscou, où il doit rencontrer des responsables institutionnels pendant Moscou, au sujet des prisonniers de guerre et des aspects humanitaires du conflit russo-ukrainien. Il devrait rencontrer le conseiller du président Poutine Youri Ouchakov, et d’autres dignitaires – mais rien n’a filtré encore sur une possible rencontre avec le ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov.
Vatican News communique assez sobrement sur cette mission : « la mission de trois jours en Russie du cardinal Matteo Zuppi, envoyé spécial du Saint-Père pour les questions humanitaires et président de la Conférence épiscopale italienne, a débuté lundi 28 septembre. Il s’agit de sa troisième mission à Moscou, après celles de juin 2023 et d’octobre 2024, et elle fait suite à la visite effectuée en juillet dernier en Ukraine, où il s’était également rendu dans les camps de prisonniers de guerre russes de la région de Lviv.
C’est précisément la question des prisonniers de guerre ukrainiens et russes qui, avec celle des enfants éloignés de leur territoire d’origine et de leurs familles, constitue le thème central de la mission humanitaire du cardinal. «Les rencontres avec les responsables russes – a confirmé le cardinal Zuppi à l’agence de presse russe Tass – sont prévues lundi, mardi et mercredi. Tout cela s’inscrit dans le cadre de la mission humanitaire qui m’a été confiée initialement par le Pape François, puis confirmée par le Pape Léon XIV. J’ai reçu pour mission de soutenir les efforts des parties afin de traiter les questions relatives aux enfants, aux échanges de prisonniers et aux problèmes des civils découlant du conflit».
Mi-juillet, le cardinal Zuppi avait rencontré le président ukrainien Vladimir Zelenski, s’était rendu au camp de prisonniers de guerre russes Zapad 1 près de Lvov et a discuté avec eux, a mené des négociations sur la libération des civils détenus dans chaque camp – en Ukraine, des milliers de personnes sont détenues pour des accusations assez vagues de « séparatisme » ou pour avoir partagé des photos et vidéos des frappes russes dans le pays, et par ailleurs lors de l’occupation, pendant neuf mois, d’août 2024 à mars 2025, du canton de Soudja dans l’oblast de Koursk, des centaines de civils russes ont été enlevés et transférés en Ukraine – la plupart ont été rendus dans plusieurs échanges de prisonniers, mais plusieurs dizaines manquent toujours à l’appel.
A rebours de la diplomatie entre la Russie et l’Europe, celle du Vatican reste entendue à Moscou
Sur le site de l’institut d’Etat des Relations Internationales de Moscou, le MGIMO – forge des cadres de la diplomatie russe depuis l’URSS, l’on trouve une communication nettement plus diserte sur la diplomatie vaticane en marge du conflit russo-ukrainien, écrite par Ekaterina Shebalina : « malgré le net déclin du dialogue politique de Moscou avec la plupart des capitales européennes, le canal du Vatican est resté quasiment ouvert depuis le début du conflit ukrainien. Il est significatif que, il y a un mois à peine, l’archevêque Paul Richard Gallagher, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États et les organisations internationales, se soit rendu à Moscou. Mgr Gallagher avait déjà visité la Russie en novembre 2021, avant la phase actuelle du conflit russo-ukrainien. Son retour à Moscou après une absence de près de cinq ans témoigne donc du maintien et du renforcement du canal diplomatique direct entre la Russie et le Vatican. À l’issue de sa visite, Mgr Gallagher a de nouveau souligné la nécessité de maintenir le dialogue et de développer la coopération humanitaire« .
Néanmoins, bien que le dialogue soit maintenu, le 17 septembre dernier, le cardinal Parolin a reconnu en marge d’une conférence sur l’intelligence artificielle à Rome que les fruits de la diplomatie vaticane restaient assez limités – au contraire de celle des Emirats où ont lieu la plupart des négociations liées aux échanges de prisonniers. » « Les résultats sont assez modestes. Nous poursuivons notre action » par la diplomatie humanitaire. « La diplomatie du Saint-Siège, la diplomatie de la semence, n’a pas encore porté ses fruits. C’est pourquoi nous espérons qu’en continuant à semer, un jour, si Dieu le veut, nous pourrons récolter« .
Zuppi, la communauté Sant’Egidio et la Russie
Ekaterina Shebalina poursuit son explication : « pour Moscou, Zuppi est un négociateur de renom. Le président de la Conférence épiscopale italienne a reçu un mandat spécial du pape François en 2023, initialement axé sur la recherche de voies de paix et la prise en compte des conséquences humanitaires du conflit. Fait notable, cette mission ne s’est pas interrompue après le changement de pontificat : en 2026, Zuppi l’a poursuivie au nom de Léon XIV. Ainsi, le nouveau pape a de facto confirmé la candidature du cardinal et la continuité de la mission elle-même, tout en orientant plus clairement son action vers l’aide humanitaire plutôt que vers une médiation politique formelle.
Pour comprendre le rôle de Zuppi, il est essentiel de saisir son lien de longue date avec la Communauté de Sant’Egidio. Il y rencontra son fondateur, Andrea Ricciardi, en 1973, puis participa aux activités de la communauté pendant des décennies, notamment comme médiateur dans le processus de paix au Mozambique et, de 2000 à 2012, comme assistant ecclésiastique général. C’est dans ce contexte qu’il acquit sa première expérience significative en médiation internationale : diplomatie informelle, maintien de canaux de communication entre parties adverses et conjugution du dialogue politique et de la résolution de problèmes humanitaires spécifiques.
La communauté de Sant’Egidio entretient des liens de longue date avec la Russie. Des projets d’aide aux pauvres et aux sans-abri sont toujours en cours à Moscou. Elle possède également une relation privilégiée avec l’Église orthodoxe russe : en 2004, son fondateur faisait partie de la délégation du Vatican qui a remis à Moscou l’icône de Kazan de la Mère de Dieu, offerte au patriarche Alexis II et à l’Église orthodoxe russe ».
Le Pape critique vis à vis du réarmement européen et des bruits de bottes
Par ailleurs, la mission de Zuppi répond aux préoccupations du Vatican – mais aussi de la Russie – vis à vis du réarmement européen et des rumeurs de plus en plus nettes d’un conflit direct entre l’UE et la Russie – préoccupations aussi partagées à plusieurs reprises par le premier ministre de la Slovaquie Robert Fico, encore le 19 septembre dernier:
« Tandis que Zuppi s’entretenait à Moscou, le pape Léon XIV achevait son voyage apostolique en France et prenait la parole à Metz lors de la rencontre « Vers les origines de l’Europe – pour la paix et l’unité ». Dans son discours, le pape a souligné plusieurs points fondamentaux. Il a exhorté l’Europe à faire preuve de patience dans le dialogue afin d’atteindre un objectif véritablement noble : la paix. Parallèlement, le pape Léon XIV a mis en garde l’Europe contre l’« illusion » selon laquelle la réponse à la crise sécuritaire actuelle pourrait résider dans le réarmement. Il a posé une question essentielle aux Européens : de véritables efforts sont-ils déployés pour parvenir à la paix, ou les États cherchent-ils avant tout à mieux se préparer aux guerres futures ? ».
Dans l’avion du retour depuis son voyage apostolique en France, le pape Léon XIV a enfoncé le clou en répondant à une question de Manuela Tulli (ANSA) au sujet de la diplomatie vaticane dans le conflit russo-ukrainien : « la première chose serait de souligner les principes de la doctrine sociale de l’Église, selon lesquels nous cherchons à ne pas encourager la violence, la haine, l’armement, ni les dangers qui existent dans le monde d’aujourd’hui, y compris de la part de certains dirigeants de pays qui recommencent à parler d’armes nucléaires, de guerres de plus en plus destructrices, surtout en ce qui concerne la question de la vie humaine. On continue à s’armer, à dépenser dans cette gigantesque industrie militaire qui, depuis plusieurs décennies déjà – depuis l’année dernière, depuis cinq ans –, ne cesse d’encourager les dépenses militaires.
Une poignée de personnes s’enrichissent considérablement grâce à une industrie qui encourage la guerre. Alors qu’avec ces milliards et milliards d’euros ou de dollars, on pourrait résoudre des problèmes tels que la faim dans le monde, la chasse, le chômage, etc. Tout le monde cherche une voix capable de proposer une autre voie, qui ne consiste pas à dépenser davantage en armes, ce qui ne fait qu’attiser toujours plus les tensions pouvant déboucher sur le déclenchement d’une nouvelle guerre, d’un nouveau conflit. Et nous constatons que la violence, que ces puissances qui cherchent toujours à s’imposer par la force plutôt que de dialoguer et de favoriser les négociations face aux divergences qui peuvent naturellement exister, nous rapproche de plus en plus d’une guerre ou de plusieurs guerres, de conflits tels que ceux que nous observons dans le monde d’aujourd’hui.
Je ne sais pas ce qu’en pensent les autres, et ce n’est pas une question d’appartenance politique ou non, mais une voix qui s’efforce de promouvoir les valeurs de la dignité humaine, de l’importance de la vie, de la possibilité de dépenser peut-être davantage pour la santé et l’éducation et moins pour les armes, je crois que l’Église a la responsabilité de promouvoir ces valeurs, en invitant sans cesse les dirigeants, qu’ils viennent de Russie, d’Ukraine ou d’autres pays, à venir, à s’asseoir, à dialoguer, à chercher comment résoudre les problèmes sans poursuivre ces guerres qui n’ont plus de sens. Ainsi, en ce sens, l’Église continue de faire entendre sa voix. Nous ne pouvons contraindre personne, cela peut parfois sembler vain, mais nous continuerons à parler, nous continuerons à inviter, nous continuerons à annoncer l’Évangile« .

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