Dans les colonnes de Paix Liturgique, le docteur Labriolle pose son diagnostic à l’évêque de Grenoble – pourtant issu d’une communauté Saint-Martin à l’époque très traditionnelle (dont il a même été maître des novices et supérieur de la maison de formation) – et qui veut en finir avec la liberté liturgique, à travers une tribune dans la Croix qui a fait du bruit.
Dans « La Croix » du 25 août, Mgr Eychenne, évêque de Grenoble, donne son sentiment à l’encontre des tenants du Vetus Ordo, pour mémoire messe grégorienne millénaire, devenue par la volonté du Saint Pape Pie V la messe emblématique de la Contre Réforme Catholique au XVIe siècle. C’est à ce dernier titre, plus qu’à son ancienneté à proprement parler, que le concile Vatican II a voulu mettre un terme à cette liturgie vénérable, et la remplacer, en commençant par la déconsidérer. Qu’est ce à dire?
La Constitution « Sacrosanctum concilium » méritait un « sacro-saint » préambule. Le voici: « Le saint Concile (…) estime qu’il lui revient à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie ». Pourquoi « restauration »? Pourquoi « progrès »? En quoi la messe dite de Saint Pie V, légèrement retouchée par le Pape Jean XXIII au début de 1962, mérite-t-elle, y compris dans la version récente d’à peine plus d’un an, une « restauration » manquée par le « bon pape Jean ». Eh bien la réponse est donnée filandreusement par la Constitution citée. Dès lors que Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ( 1 Tm 2,4), et qu’en l’Eucharistie « s’exerce l’oeuvre de notre rédemption » (secrète du IX dimanche après la Pentecôte), il convient de purifier la liturgie de tout ce qui fait obstacle au retour général des chrétiens séparés. Pour Mgr Eychenne, le nouvel Ordo est le fruit d’un tel travail missionnaire, débuté bien avant Vatican II, et assumé par le « sacro-saint concile ». Décédé au printemps 1963, le pape Jean XXIII aurait-il laissé défigurer la messe grégorienne en décembre 1963? Quoi qu’il en soit, Mgr Eychenne estime impérieuse la réception des nouveautés conciliaires au nom de l’autorité, garante de la Tradition réformée. Passé le Grand Soir, les révolutionnaires deviennent d’ardents conservateurs des acquis du Grand Soir.
Il n’est pas inutile de rappeler que Mgr Eychenne, ancien vicaire général d’Orléans, est d’abord un « Saint-Martin« , fort bien considéré par l’abbé Guérin, fondateur, qui en fit l’équivalent d’un « maître des novices » de sa Communauté. Ordonné en 1982 par Mgr Siri, il a opté pour le diocèse d’Orléans en 1994. Bien malin celui qui dira la pensée personnelle de cet ambitieux qui s’est gardé de publier quoi que ce soit, mais s’employait à citer Michel Foucault et autres pointures médiatisés, assuré qu’il était qu’aucun de ses auditeurs n’en avait jamais lu une ligne, ni pouvoir vérifier l’à-propos de la citation. Ainsi, ayant remarqué que l’une des (toutes dernières, 1984) leçons de Foucault au Collège de France s’intitulait « le courage de la vérité« , Eychenne se donnait du courage en citant un titre de Foucault donnant du lustre à son discours.
Le courage dont parle Foucault, c’est d’assumer les risques d’exposer sa pensée à l’encontre d’un pouvoir. Or s’il y a bien quelqu’un qui n’a jamais contrarié aucun pouvoir ecclésial, c’est précisément cet Eychenne qui dénonce l’affranchissement de la FSSPX, dont le courage est tenu pour un désastre. Eychenne s’insurge contre la désobéissance qui sape l’autorité romaine, et plus largement, s’il faut l’en croire, toute autorité ici-bas, oubliant que toute autorité civile vient d’en Haut, et non de Rome.
Ayant suivi l’abbé Guérin, Eychenne se fait la voix de son Maître, et s’efforce de présenter le Missale Romanum de Paul VI comme un progrès, notamment par l’accroissement des lectures ( réparties sur trois années liturgiques). Quelle richesse, à l’en croire, alors que la réforme de 1965, puis celle de 69 a fait disparaître les missels, avant même les fidèles. La cohérence sacrificielle et propitiatoire du vetus ordo a cessé d’être enseignée. On connait la suite. C’est donc par quelque lucidité bienvenue qu’ Eychenne résume la position qui l’afflige: « Célébrer, même sans exclusive, la messe du Vetus Ordo de façon habituelle, c’est considérer, au moins implicitement, que la messe de la réforme liturgique ne produirait pas autant de fruits spirituels que l’ancien missel« . Ce qui est très exactement le cas, si quelque courage de la vérité peut ainsi être énoncé face à la gnose envahissante et apostate de Vatican II, celle d’Eychenne, qui ne transmet, somme toute, que l’aversion du vetus ordo.
Ceux qui optent pour le vetus ordo contestent, à proportion de leur étude des Actes de Vatican II, la réforme imposée depuis le Concile. La crainte d’Eychenne est amplement fondée, alors même que quelque définition des nouveautés s’y montre absente, et que la « réforme » entend s’imposer sans tolérer la moindre critique.
La « trouvaille » d’Eychenne n’est que la redite inlassable de tous ceux qui veulent faire carrière dans l’Eglise: il convient d’exposer plus clairement à tous les rétifs, du simple nostalgique à l’incapable majeur, les insondables richesse du Nouvel Ordo. La thèse de doctorat en théologie de l’actuel archevêque de Rouen, Mgr Lebrun, portait déjà sur les progrès spirituels du bricolage de Bugnini par rapport au rit millénaire. Plus c’est gros, plus ça passe, à Rome. Le papier d’Eychenne n’a, tout bien considéré, qu’un seul destinataire réel, le nonce apostolique. Eychenne doit s’ennuyer à Grenoble. A nous deux, Paris…
Philippe de Labriolle
Psychiatre Honoraire des Hôpitaux

« Eychenne doit s’ennuyer à Grenoble. A nous deux, Paris… »
Effectivement s’ennuyant à Pamiers, il désirait Toulouse, mais Kérimel est arrivé.
S’ennuyant à Grenoble, pourquoi pas Paris ?
Le réseau trois points est important à Grenoble, encore plus à Paris.
Eychenne peut frapper à la porte de plusieurs loges, beaucoup lui ouvriront.
R.R.
C’est inutile de se bercer d’illusions. Ce que dit l’évêque de Grenoble reflète non seulement la pensée des évêques de France mais aussi de la Rome moderniste. Pour eux la messe traditionnelle a vocation à disparaître. La résistance des catholiques a retardé cette disparition programmée mais ce n’est que partie remise. La Fraternité St Pierre et instituts ex ecclesia Dei qui sont dans une situation très menacée font semblant de ne pas le voir tant ils craignent pour leur survie mais il faudra regarder un jour la réalité en face.
Pas étonnant que la communauté Saint-Martin veille percer dans le synode que personne ne comprend tant c’est NUL et non productif spirituellement.
Ce « retournement de soutane » qu’il a porté plusieurs années d’ailleurs… ne lui portera et ne lui porte pas bien chance tant il n’est pas très apprécié dans son diocèse, notamment par une partie de ses prêtres et des fidèles isérois…
Que le Bon Dieu lui pardonne ce comportement bien peu charitable pour un prélat.
@ TD : je pense plutôt, contrairement à vous , que la FSSP se berce encore d’illusion et pense pouvoir éviter la foudre.
Ils n’ont pas compris que ceux aux commandes à Rome aujourd’hui sont les fils spirituels de ceux qui se sont opposés à JP 2 et B16 .