Même si la FSSPX et d’autres voix dans l’Eglise jugent très douteuses les excommunications à venir après les sacres du 1er juillet à Ecône, il est intéressant d’avoir le point de vue opposé. Cath.ch a interrogé le canoniste Pierre Chaffard-Luçon, Docteur en droit de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et en droit canonique de l’ICP, Pierre Chaffard-Luçon est actuellement délégué scientifique auprès du Vice-Recteur à la Recherche de l’Institut Catholique de Paris. Il enseigne à l’ICP ainsi qu’à l’Université de Rouen Normandie.
Pourquoi ces consécrations font-elles polémique?
Dans l’Église catholique, toute consécration épiscopale doit obtenir un mandat du pape. Le choix d’un nouvel évêque suit une procédure rigoureuse que portent le nonce – ambassadeur du pape – et le dicastère pour les Évêques. Ils présentent trois candidats au pontife, qui procède ensuite au choix définitif et peut également choisir un évêque ne faisant pas partie de cette ‘terna‘. Procéder à des consécrations sans mandat pontifical en bonne et due forme revient à commettre une infraction selon les règles du droit ecclésial en vigueur (canon 1013).
Vrais évêques ou faux évêques: quel sera le statut de ces consécrations?
Il y a une différence entre la validité et la licéité de la consécration. La célébration du 1er juillet aura une «validité», selon les règles du droit canon: le rite sera effectué par un évêque consécrateur». Mais leur consécration sera illicite car réalisée sans mandat pontifical. Pour l’Église, les nouveaux ordonnés seront pleinement et véritablement évêques, mais ils seront d’une certaine manière «hors-la-loi».
L’excommunication, c’est quoi exactement?
L’excommunication – rupture de communion avec l’Église – représente la sanction qui découle de l’acte schismatique. Dans le cas où la FSSPX met en œuvre son dessein de consécrations de quatre évêques, elle sera «latae sententiae»: elle est automatique, inhérente à la gravité de l’acte et à la publicité qui lui est donnée. Rome pourra constater publiquement une situation déjà établie comme ce fut le cas en 1988 dans la lettre apostolique Ecclesia Dei.
L’excommunication est une peine dite «médicinale», elle a pour but d’amener la personne à prendre conscience de sa faute et régulariser sa situation, à la différence des peines «expiatoires». Dans d’autres cas, le droit canonique prévoit que l’excommunication peut aussi être «ferandae sententiae»: elle est alors proclamée à l’issue d’un procès judiciaire.
L’excommunication envoie-t-elle en enfer?
Non. Dans la théologie de l’Église, la rupture de la communion engendre des conséquences pour la vie terrestre : les personnes «excommuniées» ne peuvent plus bénéficier des sacrements. En revanche l’Église ne se prononce pas sur le salut de la personne sanctionnée, qui revient à Dieu seul.
Qui sera sous le coup de l’excommunication le 1er juillet?
Les évêques qui confèrent la consécration et ceux qui la reçoivent seront excommuniés personnellement par le fait même de la commission du délit. Mais cet acte a aussi une dimension institutionnelle: c’est la FSSPX en tant qu’institution qui procède à cette consécration. C’est son supérieur le père Davide Pagliarani qui a fait l’annonce et a déclaré poursuivre ce projet sans mandat pontifical. De ce fait, toutes les personnes inscrites au sein de l’organisme – clercs, religieux – et les laïcs qui adhèrent à ce geste, se retrouvent aussi en situation schismatique aux yeux de l’Église et encourent potentiellement l’excommunication. À noter que lors des premières consécrations illégales en 1988, présidées par Mgr Marcel Lefebvre, Rome n’avait déclaré l’excommunication que pour les évêques célébrants et consacrés, non pas pour la totalité des membres de la FSSPX.
Quelles seraient les démarches à faire pour qu’ils retournent dans la communion de l’Église?
La levée de l’excommunication est personnelle. C’est une décision de Rome au terme d’un parcours de repentance. Mais elle peut aussi être une initiative du pontife pour encourager un chemin de dialogue. En 2009, Benoît XVI avait ainsi fait lever les excommunications de 1988 par décret, expliquant poser «un geste discret de miséricorde» afin d’inviter «encore une fois les quatre évêques au retour» dans le giron de l’Église. Il existe une «admission à la pleine communion», qui consiste en une liturgie, comportant notamment le Credo à réciter devant une représentation de la communauté catholique.

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